Taux de chômage revenu à 5,5%, acquis de croissance pour 2021 de plus de 5% au premier trimestre (après un recul du PIB peu prononcé en 2020), rentrées fiscales plutôt bien orientées, marché du travail très dynamique, plus de 360.000 résidents doublement vaccinés, nombre d’infection à la Covid-19 sous contrôle, fréquentation en hausse des lieux de culture, de commerce, de restauration et de l’aéroport, routes de nouveau bondées, la crise sanitaire fait moins peur au Luxembourg et la crise économique semble ne pas avoir entamé le potentiel de croissance.

Le gouvernement qui a soutenu (l’économie) autant que possible et protégé (la population) autant que nécessaire, l’opposition qui a été constructive, les organisations syndicales et patronales qui ont su accorder leurs violons et « ont compris que l’ennemi à combattre était au-dehors et pas entre eux », les entreprises, les fonctionnaires, les indépendants et les salariés (avec une mention spéciale pour les frontline workers) qui ont permis à l’économie de tourner, les retraités, les jeunes, les résidents, les frontaliers : tous ont fait de leur mieux et ont contribué à la résilience du Luxembourg.

A présent que le socialisme pandémique n’est plus et que la reprise, sous contraintes sanitaires, semble installée, les défis, déséquilibres et problèmes socio-économiques que le Luxembourg doit affronter, surmonter, corriger, réparer, remontent à la surface.

#Logement

En dépit de nouvelles mesures macro-prudentielles encadrant la distribution de crédits et d’une moindre progression de la population dans le contexte de la crise, le prix moyen du m2 au Luxembourg a progressé de 1.053 euros entre le 1er trimestre 2020 et le 1er trimestre 2021. Le logement est donc parti pour rester en tête des préoccupations des ménages et parvenir à modérer l’évolution des prix immobiliers demeure toujours un casse-tête, voire une quadrature de cercle, pour le gouvernement.

#Newnormal inconnu

Les tensions persistantes sur l’offre (difficultés de recrutements et d’approvisionnements, prix des matériaux, accélération de la digitalisation et de la transformation énergétique) et sur la demande (épargne forcée, modifications des habitudes de consommation) pourraient engendrer des changements profonds dans la manière dont les entreprises exercent leur activité et sur le marché du travail et précipiter un nouveau régime inflationniste après une période prolongée de grande modération.

#Finances publiques

A l’instar de l’économie, les finances publiques luxembourgeoises ont manifesté une bonne résistance à la crise, avec peu ou prou (et sauf nouvelles « surprises ») un retour à l’équilibre budgétaire anticipé pour 2022. Au moins deux questions vont cependant se poser. A court terme, à quel rythme et sous quelle forme conviendra-t-il de revenir au « business as usual », en ce qui concerne les régimes d’aides et les règles budgétaires notamment ? A plus long terme, quelle est l’approche budgétaire optimale pour faire face à l’indispensable transition énergétique et climatique ainsi qu’au vieillissement démographique ? Sans compter une « nouvelle donne » en matière de santé, qui souligne la nécessité d’éviter « quoi qu’il en coûte » toute pénurie future de personnel médical.

#Economies et territoires

Les perspectives (et les contraintes) démographiques, économiques et environnementales obligent à trouver un modèle d’aménagement du territoire qui n’hypothéquera pas les aspirations à poursuivre un développement soutenu du pays dans les prochaines décennies. Une vision doit se préciser dans ce domaine. En particulier au niveau transfrontalier dans un contexte de multiples tensions sur les recrutements, le logement et la mobilité, mais aussi d’aspirations nouvelles des salariés au télétravail ou encore de revendications pour réduire les écarts de développement de part et d’autre des  frontières et pour faire émerger de nouveaux modèles de coopération grand-régionale.

#Place financière luxembourgeoise

Résilientes et disposant de fonds propres de grande qualité se situant au-delà des réglementations de Bâle III, les banques luxembourgeoises ont dans l’ensemble très bien résisté à la crise de la COVID-19. Cependant, les évolutions des prix immobiliers et autres actifs financiers, le déploiement de la future « normalisation monétaire », de même que les risques de défaillances d’entreprises – eux-mêmes en partie fonction du doigté des différents gouvernements à débrancher les aides – seront des facteurs déterminants pour la stabilité de la Place financière luxembourgeoise.

#Inégalités

La crise sanitaire a aggravé des inégalités sociales et révélé de nouvelles fragilités. Entre pertes d’emplois, baisse de revenus et potentielles séquelles consécutives à un confinement à l’étroit, l’après soutenable suppose une lutte acharnée afin de contenir la montée des inégalités et empêcher que n’émerge au Luxembourg un nouveau précariat (d’indépendants, de familles monoparentales, de jeunes en situation de décrochage, de chômeurs de longue durée, de salariés des secteurs n’ayant toujours pas retrouvé leur niveau d’activité d’avant crise, etc.). Réforme fiscale, formation, soutien à la compétitivité, politique redistributive devraient être activées à cet effet.

Autant de sujets, en plus de nombreux autres, sur lesquels la Fondation Idea planche.

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