La Place et le Luxembourg : analyse d’une heureuse dépendance

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La place financière est devenue à la fin du XXième siècle le cœur de l’économie luxembourgeoise, représentant selon les derniers chiffres 15 % de l’emploi salarié (73.300 personnes) et 30 % de la valeur ajoutée brute nationale[1]. Son importance est encore plus cruciale pour les recettes fiscales, contribuant pour plus de 60% aux divers impôts sur les sociétés. Du fait de son rôle de moteur de l’économie, elle a favorisé la création de plusieurs dizaines de milliers d’emplois supplémentaires dans d’autres secteurs.

L’économie est ainsi fortement devenue dépendante de la Place et, en partie, des cycles des marchés financiers et de la trajectoire du secteur au niveau européen, pour sa prospérité, sa croissance ou encore l’équilibre des finances publiques… ceci historiquement pour le meilleur, et plus récemment pour une croissance atone. Comme l’analyse le dernier avis annuel d’IDEA[2], depuis 2022 « la place financière n’a plus servi de « bouée de sauvetage » à l’économie grand-ducale ». En outre, des critiques se font entendre sur la trop grande importance de la Place, tant concernant les risques que fait peser une telle dépendance sur la résilience de l’économie, qu’en raison des externalités négatives d’une activité aussi productive (coût du travail dans les autres secteurs, flambée des prix immobiliers…) et des doutes sur la capacité du secteur financier grand-ducal à demeurer compétitif.

En 2026, la stratégie économique du pays doit-elle viser à renforcer la Place ou alors à en alléger sa dépendance ?

La Place dope la productivité

Les études sur la productivité, tant recherchée ces dernières années, militent en faveur d’une économie très financiarisée. La productivité du secteur de la finance et de l’assurance était de 254,5 €/heure en 2024, près de 2,5 fois plus élevée que celle de l’ensemble de l’économie (103,6 €/heure)[3]. Du fait de son orientation à l’international et de ses spécialisations (fonds d’investissement, banque privée, assurance/réassurance), le secteur est bien plus productif au Luxembourg que dans les autres Etats membres[4].

Le dernier rapport du Conseil National de la Productivité[5] souligne l’influence majeure de la Place sur le niveau et l’évolution de la productivité de l’ensemble de l’économie. Si le secteur a participé à la diminution de la productivité globale sur les dernières années, en raison d’une légère baisse de sa performance et de son poids très important, l’enseignement le plus important de cette étude est que la productivité globale serait plus faible de 18% sans celui-ci. Ce chiffre constitue un minimum car il ne considère pas l’effet à la hausse du secteur financier sur certains autres secteurs d’activité. Préserver le même niveau de productivité (et de prospérité) tout en réduisant la dépendance économique du Luxembourg vis-à-vis du secteur financier serait ainsi un défi particulièrement ardu.

Externalités négatives d’un secteur qui façonne le pays

L’effet Balassa-Samuelson s’intéresse aux transferts de cette productivité, des salaires et des prix entre un secteur très productif exposé à l’international, ici la Place, et le reste de l’économie, via le marché de l’emploi[6]. Cette dynamique entraîne pour les secteurs non exposés à l’international, tels que les services de proximité, la construction, le commerce local, certains services aux entreprises, une hausse des salaires qui réduit les marges des entreprises et conduit, en l’absence de gains de productivité équivalents, soit à une hausse des prix, soit à une compression de l’emploi. L’effet est encore plus contraignant pour les secteurs exposés à l’international et moins productifs que la finance, comme l’industrie. En effet, ces secteurs étant en concurrence avec des pays où le coût du travail n’est pas tiré vers le haut par l’effet Balassa-Samuelson, leur compétitivité prix en est directement affectée.

Ces externalités négatives ont historiquement été en partie compensées au Luxembourg par l’arrivée constante de main-d’œuvre immigrée et transfrontalière, ce qui a tempéré certaines tensions salariales et, s’agissant des frontaliers, les pressions sur les prix de l’immobilier. De même, le faible niveau historique des cotisations sociales a permis de contenir en partie le coût du travail, ce que renforce les récentes diminutions de la fiscalité des ménages[7]. De fait, les différentes politiques fiscales sont cruciales pour atténuer la transmission mécanique des coûts vers les prix dans les secteurs non exposés. En outre, le Luxembourg importe une grande partie des biens qui y sont consommés, à des prix internationaux donc, et peut bénéficier des niveaux de coûts des pays voisins pour un certain nombre de produits, ces deux facteurs limitant le niveau des prix dans le pays.

Il demeure que l’effet Balassa-Samuelson est particulièrement visible sur trois aspects. Le premier est l’évolution de la structure de l’économie avec le développement des activités à forte productivité au détriment des secteurs intermédiaires. C’est ce qu’on observe sur les 20 dernières années avec, par exemple, un recul important de l’industrie et du commerce, parallèlement à une croissance forte de certaines activités de services à haute valeur ajoutée (activités juridiques et comptables, sièges sociaux…). Le deuxième aspect est la difficulté de recruter pour ces mêmes secteurs intermédiaires qui, malgré un attrait du Luxembourg pour la main-d’œuvre étrangère du fait des niveaux de salaires offerts, peine à trouver et retenir les talents dont ils ont besoin, notamment face aux opportunités procurées par la Place et le secteur public. Enfin, le troisième aspect, la pression à la hausse sur les prix de l’immobilier, est le plus visible. Les hauts niveaux de revenu de la Place alimentent la capacité de financement et l’anticipation de loyers élevés, qui se reflètent dans les prix actuels de l’immobilier et dans leur rigidité.

Comme toute petite économie ouverte, le Luxembourg doit arbitrer entre une forte spécialisation vers des activités hautement productives, qui profite à sa prospérité, et une plus grande diversification, qui rendrait son économie moins efficiente mais davantage résiliente. La dépendance à la finance mondiale a déjà provoqué d’importants chocs économiques, illustrés par deux années de récession successives en 2008 (- 0,3%) et 2009 (- 3,2%). L’économie luxembourgeoise n’est pas à l’abri d’une future crise financière mondiale qui la ralentirait fortement pendant une, deux ou trois années. De plus, le secteur financier est moins porteur qu’avant aux niveaux mondial et européen, avec une bascule autour de la fin des années 2000 d’un poids croissant dans l’économie vers un déclin par rapport aux secteurs de la tech et de la santé. Il est important de conserver le dynamisme de la Place, notamment dans le sillage des gains de part de marché des fintechs, pour ne pas subir les transformations du secteur financier, ce qui affecterait l’économie luxembourgeoise dans son ensemble.

La Place ne s’est pas faite en un jour

Passer d’un secteur quasi inexistant dans les années 1960 à une place financière européenne de premier plan au cours de la décennie 1980 ne s’est pas fait sans un important processus de structuration. Dans les années qui ont suivi, des pouvoirs publics à l’écoute des acteurs financiers et proactifs ont réussi à consolider et diversifier la Place, renforçant encore sa position sur l’échiquier mondial des centres financiers[8].

Après que la fiscalité et une réglementation favorable aient attiré des activités financières, la taille grandissante de la Place a renforcé ces dynamiques en facilitant les relations entre acteurs, en attirant et formant des professionnels qualifiés dans la finance, le droit et les services auxiliaires, et en fluidifiant la circulation des compétences et des pratiques entre entreprises et avec les législateurs[9]. Par effet d’entrainement, la profondeur du marché du travail, la disponibilité de services spécialisés et un écosystème efficient confortent l’attractivité de la Place luxembourgeoise pour de nouveaux acteurs et talents. Dans le cas luxembourgeois, ces effets d’entrainement se sont développés au sein d’un centre spécialisé sur certaines niches et sur les fonctions de back-office et de middle-office.

La Place doit ainsi sa compétitivité actuelle à des décennies d’effort, à l’acquisition continue d’expertises, en particulier sur certains domaines de la finance, et aux nombreux acteurs compétents qui interagissent entre eux. Développer une spécialisation équivalente demanderait un processus, un engagement et une durée similaires, ainsi qu’une part non négligeable de réussite.

En outre, la littérature académique souligne certains effets bénéfiques générés par un centre financier pour l’ensemble de l’économie. Une place financière peut notamment renforcer la crédibilité et l’attractivité d’un pays pour les investissements et l’implantation d’entreprises étrangères (sièges sociaux par exemple), accroître son influence au sein des institutions financières internationales et construire des relations spécifiques avec les autres centres financiers. Les centres financiers sont largement reconnus comme jouant un rôle de catalyseur pour la main-d’œuvre, les activités économiques, les services d’entreprise spécialisés et les grandes institutions financières, et comme favorisant l’innovation technologique[10]. La Place financière a notamment permis au Grand-Duché de capter des talents hautement qualifiés en provenance des autres Etats membres de l’Union européenne.

Six grandes politiques pour capitaliser sur et atténuer cette dépendance

Il ressort de cette analyse l’importance de prendre en compte les principaux effets de la Place financière sur l’économie du pays pour l’élaboration de politiques favorisant la compétitivité, l’attractivité, le dynamisme et la résilience économiques.

La Place constitue un atout pour une diversification intelligente[11], soit le développement de nouveaux clusters tout aussi, ou presque aussi, productifs[12]. La diversification est déjà depuis quelques années une priorité avec des initiatives d’envergure dans les secteurs de l’économie des données, des technologies de l’espace ou encore de la logistique. Plus largement, l’économie luxembourgeoise a profité de l’installation de sièges européens et internationaux d’entreprises non financières (Amazon, Ferrero, ArcelorMittal, Jan De Nul Group…). Au-delà de la présence d’une main d’œuvre qualifiée internationale, un facteur déterminant pour attirer les sièges de grandes entreprises et les organisations européennes, des complémentarités existent entre la Place, les secteurs de diversification visés et l’activité de siège social. Les avancées dans les domaines de l’IA, de la cybersécurité, des infrastructures numériques (cloud souverain, data centers…) ou encore dans la structuration transfrontalière sont partageables et transférables entre les différents secteurs et participent, en outre, à l’émergence de nouvelles activités dans l’économie des données. C’est précisément ce qui est visé par un dispositif tel que la IA Factory. De plus, les recettes fiscales que la Place génère contribuent au financement public des projets indispensables à la diversification, comme les super-ordinateurs Meluxina, le Fonds national de défense et la contribution luxembourgeoise à l’Agence spatiale européenne.

Le renforcement de la Place doit se poursuivre. Le maintien de la compétitivité et l’approfondissement de l’expertise sur les niches déjà bien installées, la diversification des activités et des liens géographiques, et l’innovation pour se positionner sur de nouveaux marchés[13] doivent consolider la résilience de la Place, face aux chocs et aux évolutions du secteur ainsi que pour affronter la concurrence des autres centres. Des centres financiers tels qu’Amsterdam ont vu leur compétitivité s’affaiblir du fait d’une perte d’attractivité relative de leur cadre réglementaire et fiscal face à des hubs concurrents et d’une spécialisation insuffisante dans certains segments financiers à forte croissance. Le renforcement de la Place passera aussi par un leadership technologique plus affirmé et une influence croissante sur le secteur financier européen, voire globalisé, malgré les tensions récentes avec d’autres Etats membres.

L’attraction massive de nouvelle main d’œuvre a permis à la fois de poursuivre la transformation de l’économie, en répondant aux besoins d’entreprises dynamiques ou récemment installées, et de mitiger la hausse du coût du travail pour les secteurs intermédiaires. Les actions entreprises actuellement, pour accroître l’attractivité auprès des talents, pour former la main-d’œuvre (upskilling et reskilling) dans un contexte de hausse du chômage et de besoins en compétences en perpétuels évolution et pour développer davantage d’expertise dans les domaines STIM[14], doivent être poursuivies, voire élargies.

La forte hausse des prix de l’immobilier depuis le début des années 2000 affecte directement le pouvoir d’achat des personnes qui travaillent et résident au Luxembourg, tout particulièrement ceux qui ont un emploi dans les secteurs intermédiaires et les jeunes actifs. Il faut y ajouter une crise de la construction de logements qui fait obstacle à leur projet de vie. Pour ces deux raisons, il est tout à fait légitime que l’Etat intervienne et investisse encore bien davantage dans la construction de logements publics, une nécessité renforcée par les conditions actuelles de marché[15].

L’Etat doit aussi intervenir pour réguler certains marchés afin de corriger des déséquilibres macroéconomiques et distributifs : allégement de la fiscalité des PME des secteurs intermédiaires pour conserver une certaine rentabilité et des capacités d’investissement, soutien à l’innovation et autres mesures augmentant la productivité globale, surveillance des secteurs peu concurrentiels (construction, énergie) pour éviter les hausses de prix artificielles, réflexion sur une hausse de la taxation immobilière et modération du niveau de rémunération dans la fonction publique, entre autres. Par ailleurs, les transferts sociaux, les services gratuits tels que les transports publics et les politiques fiscales doivent se révéler efficaces pour atténuer les inégalités crées par une polarisation du marché du travail, ce qui incite à ambitionner un recul significatif du taux de risque de pauvreté.

Enfin, c’est sur le territoire métropolitain de la Grande-Région que réside une grande partie des réponses aux défis posés par l’importance de la Place. L’augmentation de l’offre de logements sur les territoires voisins, où résident près de 50 % de la main-d’œuvre du pays, est aujourd’hui essentielle pour contribuer à pallier la crise de construction de logements collectifs dans les communes frontalières. La qualité de vie des frontaliers est un des facteurs les plus importants d’attractivité pour les talents, avec la nécessité d’améliorer encore les infrastructures de transports et de développer des projets de coopérations transfrontalières dans le domaine des services de proximité. Ces coopérations sont aussi indispensables sur le plan économique. Si le Luxembourg se concentre encore davantage sur les activités hautement productives qui font sa prospérité, le pragmatisme appelle à des partenariats sur le plan économique, sur le modèle de Ferrero avec une usine à Arlon (parmi des dizaines dans le monde) et le siège mondial au Kirchberg. Est-ce si grave pour l’économie luxembourgeoise qu’IKEA se soit installé à Arlon, tant que les futurs Paypal s’installent sur son territoire ?


[1] The State of the Financial Sector 2025, Luxembourg for Finance.

[2] Avis Annuel 2026 : Dissonances, IDEA.

[3] Source OCDE, comptes nationaux.

[4] Document de travail N°35 : Repousser la frontière productive – Le Luxembourg au regard de ses compétiteurs européens, Jean-Baptiste Nivet, IDEA, Janvier 2026.

[5] Rapport annuel 2024-2025, La productivité au cœur de la compétitivité et de la prospérité, Conseil National de la Productivité, Février 2026.

[6] Ce mouvement s’opère d’ailleurs aussi très fortement vers et à partir du secteur public, étant donné les salaires élevés proposés par la fonction publique.

[7] Les diminutions d’impôts sur les ménages permettent d’augmenter leur pouvoir d’achat sans hausse de leurs salariés, ayant ainsi un effet indirect à la modération des coûts du travail.

[8] Voir La place financière, une multispécialiste en quête de leadership, Série de Décryptages, Jean-Baptiste Nivet, IDEA, Juillet 2024.

[9] The geography of European financial centers: 1993–2020, Gunther Capelle-Blancard, Vincent Fromentin, Jesse Grabowski, 2024.

[10] Capitals of Capital. A History of International Financial Centres, 1780–2005, Youssef Cassis, 2007.

[11] Faisant référence explicitement à la Smart Specialisation Strategy (S3) prônée par la Commission européenne.

[12] Si la productivité et les rémunérations étaient comparables à celles du secteur financier, ces secteurs ne soufreraient pas de l’effet Balassa-Samuelson. En revanche, ils pourraient renforcer ces effets sur le reste de l’économie.

[13] Le positionnement sur les fonds ESG est, à ce titre, un exemple remarquable.

[14] Science, technologie, ingénierie et mathématiques, soit des disciplines essentielles à l’innovation technologique.

[15] Hausse des taux d’intérêts, perte de confiance des acheteurs, faillite d’entreprises du secteur…

[1] Notamment compte tenu des pressions sur le marché du logement, au sujet desquelles il a déjà été débattu et évalué la possibilité de restreindre l’accès à la propriété par la Cellule scientifique de la Chambre des Députés. Voir : Chambre des Députés, Note de recherche scientifique, Peut-on restreindre l’accès à la propriété immobilière aux étrangers non-résidents au Luxembourg ? 22 mars 2024. https://www.chd.lu/fr/node/2234.

[2] Voir : IDEA, Une vision territoriale pour le Luxembourg à long terme, Fir eng kohärent Entwécklung vum Land, févier 2023, idea.lu.

[3] Voir par exemple : https://www.grand-geneve.org/pa5/.

Consensus économique 2026 d’IDEA : Yesterday

© photo : LFT CP Creatives

Les mots de la chanson mélancolique Yesterday[1] et la voix de Paul McCartney résonnent fort en 2026, d’autant plus au Luxembourg dont l’âge d’or semble s’éloigner année après année. Ainsi, la 7ème édition du Consensus d’IDEA montre une résignation face au ralentissement prolongé de l’économie luxembourgeoise, voire européenne, et un déclin de la confiance des répondants par rapport à l’an passé. Au fil des réponses des membres du Consensus s’expriment des craintes sur la situation socio-économique pour 2026 et à plus moyen-terme. Les perspectives d’un retour de l’inflation inquiètent quant à l’évolution des taux d’intérêt et au secteur de la construction, tandis que l’avenir de la situation budgétaire, le marché de l’emploi et de trop faibles avancées en matière de lutte contre le réchauffement climatique préoccupent.

Malgré tout, les membres du panel se projettent dans l’avenir et sont en demande d’actions de la part des institutions européennes et des pouvoirs publics luxembourgeois. Les attentes sont fortes en matière de simplification administrative, de construction de logements publics, de réformes fiscales, d’investissements dans l’IA et la défense, de politiques européennes proactives en faveur de l’immigration économique et de renforcement du marché unique.

Les résultats du Consensus ne reflètent pas l’opinion des économistes d’IDEA mais celles des 114 membres du panel qui ont répondu à un questionnaire anonyme (12 questions en ligne) entre les 3 et 23 mars 2026. Cette participation correspond à un taux de réponse de 38 % sur les 300 membres du panel. La guerre en Iran ayant débuté le 28 février, la perception sur les conséquences économiques de ce conflit peuvent varier selon le moment où les panélistes ont répondu. IDEA remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont pris de temps de répondre à cette enquête.

Le Consensus 2026 est disponible en téléchargement sous forme de rapport et de présentation Powerpoint

[1] Yesterday / All my troubles seemed so far away / Now it looks as though they’re here to stay / Oh, I believe in yesterday.

IDEA Economic Consensus 2026: Yesterday

© photo : Giulio Grobert

The words of the melancholic song “Yesterday”[1]  and Paul McCartney’s voice resonate strongly in 2026, even more in Luxembourg, whose golden age seems to be receding year after year. Thus, the 7th edition of the IDEA Consensus suggests a sense of resignation in the face of the prolonged slowdown in the Luxembourg and European economies, along with a decline in respondents’ confidence compared with last year. Across the responses from members of the Consensus, concerns emerge about the socio-economic situation for 2026 and the medium term. Prospects of a return to inflation are raising concerns about interest rate developments and the construction sector, while uncertainty around the budgetary outlook, the labour market, and progress in tackling climate change are also weighing on sentiment.

Nevertheless, panel members look to the future and are calling for action from European institutions and Luxembourg public authorities. Expectations are high in terms of administrative simplification, public housing construction, tax reforms, investment in AI and defence, proactive European policies in favour of economic immigration, and strengthening the single market.

The results of the Consensus do not reflect the views of IDEA’s economists, but rather those of the 114 panel members who responded to an anonymous questionnaire (12 online questions) between 3 and 23 March 2026. This participation corresponds to a response rate of 38% among the panel’s 300 members. As the war in Iran began on 28 February, views on the economic consequences of this conflict may vary depending on when the panellists responded. IDEA warmly thanks all those who took the time to respond to this survey.

The 2026 Consensus is available for download as a PowerPoint presentation.

[1] Yesterday / All my troubles seemed so far away / Now it looks as though they’re here to stay / Oh, I believe in yesterday.

Economic Consensus : Lost in Transition

© photo : Giulio Grobert

The aim of the IDEA Economic Consensus is to reveal and analyze the feelings of a panel of economic and political decision-makers, social partners and economists on the main trends in economic development, the preferred macroeconomic scenario for Luxembourg, as well as the major political and economic challenges and the responses to these challenges.

The consensus results do not reflect the opinions of IDEA’s economists, but those of the 115 panel members who responded to an anonymous questionnaire (13 questions online) between February 25 and March 19, 2025. This represents a response rate of 43% out of 265 panel members.

This is the 6th IDEA Economic Consensus exercise, born one year before the shock of the Covid crisis. The consensus thus reflects the major socio-economic events and trends of the moment, with certain 2020 topics such as the Brexit, Trump’s Sino-American trade war and the tightening of budgetary rules being replaced by Trump’s new trade war, the rise of artificial intelligence, the European defense effort, or the crisis in Luxembourg’s construction sector. New themes are making their appearance. Many others are a constant in European and Luxembourg socio-economic debates, but this does not prevent an evolution in the opinion of the panelists, who tell us in 2025 that :

  • the golden age of Luxembourg growth is certainly behind us, at least for the next 5 years;
  • public debt should remain below 30% of GDP by 2030;
  • AI will evolve and transform the Luxembourg economy and, in particular, the financial center, without revolutionizing them;
  • we must not negotiate with climate targets, but do more to achieve them;
  • pensions will have to be reformed, but there is reason to doubt that this will be done by 2025;
  • competitiveness policy at European level needs to be profoundly strengthened.

Consensus économique : Lost in Transition

© photo : Frank Muno

Le consensus économique d’IDEA a pour but de révéler et d’analyser le sentiment d’un panel de décideurs économiques, politiques, de partenaires sociaux et d’économistes sur les principales tendances d’évolution de la conjoncture, le scénario macroéconomique privilégié au Luxembourg, ainsi que les grands défis politico-économiques et les réponses à apporter à ces derniers.

Les résultats du consensus ne reflètent pas l’opinion des économistes d’IDEA mais celles des 115 membres du panel qui ont répondu à un questionnaire anonyme (13 questions en ligne) entre le 25 février et le 19 mars 2025. Cette participation correspond à un taux de réponse de 43% sur les 265 membres du panel.

Il s’agit du 6ème exercice du consensus économique d’IDEA né un an avant le choc de la crise du Covid. Le consensus se fait ainsi le reflet des grands événements et tendances socio-économiques du moment, certains sujets de 2020 tels que le Brexit, la guerre commerciale sino-américaine de Trump et le renforcement des règles budgétaires étant remplacés par la nouvelle guerre commerciale de Trump, l’essor de l’intelligence artificielle, l’effort de défense européen ou encore la crise du secteur de la construction au Luxembourg. Des thématiques nouvelles font leur apparition. De nombreuses autres sont une constante des débats socio-économiques européens et luxembourgeois, ce qui n’empêche pas une évolution de l’opinion des panélistes, qui nous disent en 2025 que :

  • la période d’âge d’or de la croissance luxembourgeoise est certainement derrière nous, du moins pour les 5 années à venir ;
  • la dette publique devrait demeurer en-deçà des 30% de PIB d’ici à 2030 ;
  • l’IA fera évoluer et transformera l’économie luxembourgeoise et notamment la place financière, sans les révolutionner ;
  • il ne faut pas négocier avec les objectifs climatiques, mais faire davantage pour les atteindre ;
  • il faudra réformer les pensions, mais il y a matière à douter que ce sera fait en 2025 ;
  • la politique de compétitivité au niveau européen doit être profondément renforcée.

La place financière, une multispécialiste en quête de leadership

© photo : Julien Mpia Massa

Avec près de 25% de la valeur ajoutée brute produite, le secteur financier est la spécialisation économique du Luxembourg. Dès lors, tout gain ou perte de compétitivité de la place financière face à ses concurrents affecte potentiellement sa prospérité économique. Le secteur financier luxembourgeois tire sa résilience d’une diversification sur différents marchés, qui s’est renforcée au cours des dix dernières années, et qui fait d’elle une multispécialiste, leader sur certains segments.

Cette étude, compilation de trois décryptages, effectue un état des lieux de la position compétitive de la place financière, dans son ensemble et sur ses principales spécialisations. Elle décrit une place financière de plus en plus diversifiée dans ses activités, plus dépendante du continent européen et qui a gagné en importance au sein de l’UE. Elle doit ces évolutions à un secteur bancaire en mutation marquée par l’essor du corporate banking, au maintien d’une position dominante sur les fonds d’investissement malgré la vive concurrence irlandaise, à la croissance de l’assurance non-vie à la suite du Brexit et au rôle central de la Bourse de Luxembourg sur les marchés obligataires.

Les bonnes performances de la place financière proviennent en partie de sa proactivité sur la finance durable. Alors que d’autres places disposent d’un réservoir d’ingénieurs plus important, la place financière luxembourgeoise ne devra pas manquer le virage technologique en cours, où des acteurs de la tech concurrencent ceux de la finance. Sa capacité à maintenir ses leaderships dépendra, aussi, des évolutions règlementaires des marchés financiers européens.

Décryptage N°26 : Place financière : combien d’emplois ?

© photo : Julien Mpia Massa

Diverses mesures de l’emploi dans le secteur financier circulent, mais elles répondent à des définitions à géométrie (très) variable, ce qui entretient une confusion certaine. Ce décryptage vise à pallier cette lacune. Il part de l’emploi « direct » et y ajoute les effets indirects (jouant par le truchement des différents fournisseurs du secteur financier, voire même les « fournisseurs des fournisseurs ») et induits (opérant par l’intermédiaire de la consommation et des investissements générés par le secteur financier). L’emploi « au sens large », qui intègre ces effets, excéderait en 2021 135 000 postes, soit l’équivalent de 30% des emplois au Grand-Duché.

Télécharger le Décryptage :

Place financière : combien d’emplois ?