Alors que la crise sanitaire commence seulement à desserrer son étreinte, le Luxembourg se voit confronté à une soudaine résurgence de l’hydre inflationniste, qui semblait pourtant sagement tapie dans l’ombre au cours des 20 dernières années. En janvier 2022, l’indice des prix à la consommation national – qui sert de base au mécanisme d’indexation des salaires et de diverses prestations sociales – a en effet progressé (hors effets des soldes) de 4,7% par rapport à janvier 2021, soit le taux le plus élevé depuis 1990. Cette inflation reflète avant tout une flambée du coût de l’énergie. Ainsi, le prix des produits pétroliers a augmenté de 49% sur un an.

Convient-il dès lors d’adopter des mesures d’urgence afin de faire face à cette inflation et sous quelles formes ? La réponse à cette question dépend étroitement des acteurs considérés.

La situation n’est pas d’une clarté aveuglante dans le cas d’un ménage salarié « moyen », pour lequel la rémunération est indexée sur un indice des prix dont les pondérations énergétiques correspondent (en principe) à la composition de son « panier de consommation ». S’imposent dès lors tout au plus, pour un tel ménage, des mesures ciblées visant à faire face aux cas les plus particuliers, certains foyers étant exposés à des contraintes spécifiques (d’importants trajets vers le lieu de travail et ce en l’absence d’alternatives de transport, par exemple). Ce constat vaut a fortiori pour les ménages les plus aisés, qui sont clairement favorisés par l’indexation en période de flambée des prix énergétiques, les combustibles et carburants étant relativement « dilués » au sein de leurs budgets par définition plus « plantureux ».

La situation des ménages défavorisés est cependant différente. Selon le STATEC[1], le poids des carburants et combustibles dans leur budget est nettement plus élevé que celui d’un ménage moyen. Le mécanisme d’indexation ne les protège dès lors que partiellement contre la flambée des prix de l’énergie, ce qui pourrait justifier une intervention en leur faveur. Le Gouvernement n’est certes pas demeuré inerte ces derniers mois, comme l’atteste le rehaussement d’au moins 200 euros de l’allocation de vie chère, cette adaptation étant effective depuis le 1er janvier 2022, ou encore le relèvement à partir de janvier 2021 du crédit d’impôt salarié, indépendant et pensionné, une mesure ayant coûté à l’Etat 50 millions d’euros et qui visait à abriter les ménages les moins nantis de l’impact de l’instauration de la taxe CO2.

Une possible mesure additionnelle en faveur des ménages peu aisés – donc imparfaitement protégés par le mécanisme d’indexation – pourrait consister, dans une optique de cohérence et à rebours de la multiplication de mesures isolées et en définitive difficiles à appréhender, à prévoir un ajustement permanent de ce crédit d’impôt en fonction de la taxe CO2[2]. Cet ajustement pourrait d’ailleurs être élargi, en se basant non plus sur l’évolution de la seule taxe CO2, mais plus globalement sur un indice des prix énergétiques[3]. Pour les personnes concernées, les répercussions « sonnantes et trébuchantes » de l’inflation énergétique importent en effet bien plus que les déterminants de cette dernière (taxes ou autres).

N’oublions pas non plus les entreprises, coincées entre une flambée du prix de leurs inputs énergétiques et la hausse des coûts salariaux consécutive au (net) rapprochement des tranches indiciaires. Il convient de mettre en œuvre des mesures leur permettant d’amortir l’impact de cette « double pénalité », qui vient s’ajouter aux conséquences dommageables de la crise sanitaire. Il pourrait s’agir de dispositions (fiscales notamment) lissant l’impact de l’indexation et du renchérissement des inputs énergétiques, prioritairement orientées vers les PME et les établissements portant les stigmates de la crise COVID. C’est là une incontestable urgence, pour nos entreprises, nos emplois et in fine notre pouvoir d’achat.

 


[1] Voir https://statistiques.public.lu/catalogue-publications/regards/2019/PDF-16-2019.pdf.

[2] Voir la proposition d’IDEA dans le document https://www.fondation-idea.lu/wp-content/uploads/sites/2/2020/11/IDEA_DT_N16_Elements_reflexion_budget_2021_Novembre_2020-NOV-2023-002-1.pdf, page 8.

[3] Avec le cas échéant un mécanisme de cliquet, le crédit d’impôt étant adapté lorsque les prix énergétiques ont excédé un certain seuil, mais demeurant stable tant que le pic suivant n’aura pas excédé le seuil du cliquet.

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