Les cours du pétrole et du gaz ont connu une envolée spectaculaire[1] à la suite de l’intervention militaire russe en Ukraine, qui a au demeurant ajouté de l’huile sur le feu à une situation déjà extrêmement complexe pour les hydrocarbures. En effet, l’industrie pétrolière et gazière était en réalité déjà dans une situation structurelle de défaillance d’approvisionnement avant même le début des tensions géopolitiques en raison de l’importance du sous-investissement depuis 2015, de la discipline maintenue des pétroliers et gaziers de schiste américains privilégiant désormais la rentabilité financière à une croissance effrénée de la production, de plus fortes contraintes d’accès au financement avec la lutte contre le réchauffement climatique, d’une transition énergétique prenant plus de temps que prévue et de l’importante demande découlant de la forte reprise économique post-Covid. En témoignent les prix de ces matières premières qui avaient nettement progressé depuis avril 2020 et qui avaient atteint en moyenne 83,5$ pour le Brent, 81,5$ pour le WTI au mois d’octobre 2021 et des records historiques pour le gaz en Europe au cours du quatrième trimestre de la même année.

Malgré une situation qui évolue au jour le jour, plusieurs institutions ont d’ores et déjà communiqué leurs prévisions de prix. Toutefois, ces dernières sont jonchées d’incertitudes compte tenu de l’imprévisibilité de la durée du conflit et des sanctions prises à l’encontre de la Russie, des pourparlers entre les Etats-Unis et l’Iran ainsi que du Venezuela, des décisions prises au sein de l’OPEP+, de la capacité des producteurs à remettre du pétrole et du gaz sur le marché et de l’évolution même de la pandémie de COVID-19. Dès lors, les écarts de prévisions de prix sont importants entre les différents établissements. Si l’Agence internationale de l’énergie table sur un prix moyen de 116$ pour le Brent au deuxième trimestre de 2022, puis de 102$ pour le deuxième semestre de l’année et 89$ en moyenne pour 2023, d’autres experts voient les prix du brut se stabiliser aux alentours de 90$ et 110$ dans un futur proche. Les plus pessimistes anticipent toutefois des prix de l’ordre de 150$ à 175$ voire 200$ en cas de durcissement du conflit et de sanctions durables.

Au-delà d’une inflation plus soutenue et d’une volatilité des marchés financiers plus notable, des prix de l’énergie élevés pourraient à leur tour entraîner une hausse importante des prix des denrées alimentaires, à travers les semences agricoles et les engrais chimiques. Au regard de la situation passée lors de la précédente crise financière, accentuée voire provoquée par le troisième choc pétrolier pour certains économistes, il existe des risques non négligeables d’instabilités sociales et d’émeutes de la faim dans les pays les pauvres et les plus dépendants à certaines denrées alimentaires manquantes[2].

 


[1] Le cours du Brent a atteint 139,13$ début mars 2022, soit un cours très proche du record à 147,50$ enregistré en juillet 2008.

[2]Grand importateur de blé, l’Egypte pourrait prochainement rencontrer des difficultés aussi à cause de la situation de conflit actuelle en Ukraine et de l’importante sécheresse au Maroc.

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