Quelques réflexions sur la « question du logement » !

© photo : Mpia Massa Julien

La majorité des résidents du Luxembourg ont une « pierre dans le ventre ». Il n’est dès lors pas surprenant de croiser régulièrement des individus persuadés de détenir les solutions ingénieuses qui permettraient de sortir de la triple crise du logement, de la construction et de l’immobilier.

Le – très gros – problème, c’est que certains des avis largement considérés comme étant pertinents ne sont pas toujours très éclairés … faute de données, voire pire (e.g. conflits d’intérêt, fidéisme ancré, manque de recul).

Ainsi, certains continuent de « réclamer » le retour de la TVA à 3% pour les investisseurs locatifs du marché libre, alors que – depuis la Directive du Conseil (UE) 2022/542 du 5 avril 2022 – cela est légalement impossible ; les acteurs de la chaîne du logement seraient à cet égard mieux inspirés de s’assurer dès aujourd’hui que les propriétaires-occupants pourront continuer à bénéficier du taux super-réduit après 2031.

Aussi, il n’est pas assez considéré que l’importante flambée des prix immobiliers observée dans le pays entre 2010 et 2022 est comparable à ce qui a été observé dans de nombreuses métropoles européennes, notamment Vienne et Amsterdam souvent citées au Luxembourg comme modèles car elles regorgent de logements sociaux.

De fait, entre la faiblesse prolongée des taux d’intérêt, le haut niveau d’attractivité du pays et l’exubérance irrationnelle des années COVID, le marché immobilier luxembourgeois ne pouvait vraisemblablement guère connaître une évolution des prix fondamentalement différente de ce qui aura été.

Par ailleurs, l’objectif régulièrement répété de construire jusqu’à 6.000 logements par an, alors que le nombre maximal de logements achevés dans l’histoire luxembourgeoise n’est que de 4.444 unités, ressort comme étant aussi (peu) réaliste que ne fut l’objectif de construire 10.000 logements abordables en une décennie qui avait/aurait été annoncé par la ministre du Logement Maggy Nagel en 2014[1].

En définitive, la crise du logement au Luxembourg ne peut être comprise, ni a fortiori être résolue, en ignorant l’existence de contraintes juridiques, financières, sociales, productives, écologiques, etc. – fortes.

Promettre des volumes de construction déconnectés des capacités réelles des acteurs de la chaîne du logement, fantasmer des modèles étrangers (e.g. rote Wien) non réplicables, exiger des mesures fiscales impossibles, vilipender une évolution des prix (longtemps) cohérente avec les fondamentaux ne font qu’entretenir des attentes irréalistes et, in fine, annoncer de nouvelles désillusions collectives.

Dans ces conditions, continuer à proposer des analyses pertinentes au sujet du logement n’est pas « tourner en rond » ; il s’agit plutôt d’un complément indispensable à toute politique réaliste !

[1] Selon un Député « En 2014, Madame Nagel a déclaré : L’État construira 10.000 logements au cours des prochaines années. Et un peu plus tard, elle a ensuite fixé cet objectif pour 2025 : L’État construira 10.000 logements d’ici 2025 ». Source : Débat sur l’Etat de la Nation du jeudi 14 octobre 2021.

C’est graphe docteur ? Vienne/Luxembourg : Comparaison n’est pas (forcément) raison !

Vienne la rouge, dont l’office de l’Habitat (Wiener Wohnen) est la plus grande propriétaire immobilière d’Europe[1], conduit une réussie politique sociale du logement articulée autour d’un parc fourni de logements abordables (Gemeindewohnungen, logements à intérêt général gérés par des associations à but lucratif limité, logements privés à loyers modérés car construits avant 1945), d’un règlement de la construction (Bauordnung) allié objectif de la construction de logements sociaux et de loyers sur le territoire de la Ville (11 euros/m2) bien inférieurs à ceux demandés dans d’autres grandes villes européennes.

N’est-il donc pas surprenant de voir le « modèle viennois » régulièrement cité en exemple au Luxembourg où le stock de logements à loyers modérés est plutôt famélique et où environ le tiers des locataires consacrent plus de 40% de leur revenu à se loger.

Néanmoins, le succès du « modèle viennois » de logements abordables, lancé en 1919, repose sur certaines spécificités qu’il est utile de prendre en considération quand il s’agit de s’interroger sur la capacité réelle à le répliquer ailleurs, notamment au Luxembourg.

Ainsi, l’effort de construction de logements de la municipalité de Vienne (environ 450 millions d’euros/an) est alimenté à plus de 50% par une taxe affectée de 1% assisse sur la masse salariale (0,5% pour les entreprises, 0,5% pour les salariés)[2] ; aussi, la règlementation de construction de Vienne a imposé, suite à une réforme intervenue en 2019, que la part de logements abordables sur certaines parcelles constructibles soit de 66% (à titre de comparaison, le pacte logement 2.0 impose entre 10 et 30%).

Par ailleurs, en dépit d’une croissance démographique vigoureuse durant les dernières décennies, Vienne compte actuellement moins d’habitants qu’en 1910 et voit sa population croître à un rythme deux fois moins élevé (1% entre 2000 et 2023) que le Grand-Duché.

Source : wien.gv.at

Dès lors, faire aussi bien que la politique sociale du logement de Vienne (notamment en termes de loyers modérés) n’est peut-être pas aussi possible que souhaité …


[1] Voir à ce sujet : Matthias Punz (2019), Wien als Vorbild: Ein Paradies für Mieter.

[2] N.B. Ce système de financement « fléché » des logements sociaux existe depuis 1923.

Décryptage N°32 : (Où) Les prix immobiliers sont-ils trop élevés au Luxembourg ?

© photo : Julien Mpia Massa

La chose semble entendue : les prix immobiliers au Luxembourg sont impayables et tellement déconnectés par rapport au pouvoir d’achat des ménages appartenant à la « classe moyenne » que ceux-ci seraient de plus en plus nombreux à devoir se résoudre à habiter de l’autre côté de la frontière. Cette publication éclaire la question de la cherté des prix immobiliers en allant au-delà des méthodes d’évaluation (price to income, price to rent) généralement utilisées et livre une image relativement préoccupante de la profondeur des difficultés d’accès à la propriété dans certaines communes du pays !

Télécharger le Décryptage :

(Où) Les prix immobiliers sont-ils trop élevés au Luxembourg ?