Dès son élection, Donald Trump déclarait que réduire le déficit commercial des Etats-Unis était un élément central de sa promesse de « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Depuis, il mène une guerre commerciale frontale dirigée principalement contre la Chine qui est à l’origine de près de 50% du déficit commercial américain. Alors que la politique protectionniste de l’administration Trump a été perçue dans un premier temps comme un néomercantilisme brutal qui considérait que « le commerce international c’est bien mais les importations c’est mal », il apparaît désormais clairement qu’elle cherche avant tout à empêcher que la Chine ne vienne concurrencer l’hégémonie économico-technologique des Etats-Unis. Si les tensions commerciales et technologiques sino-américaines n’ont pas eu pour le moment d’impacts négatifs significatifs sur la croissance de l’économie mondiale, elles génèrent toutefois un niveau élevé d’incertitudes et font craindre l’émergence d’un système économique où les relations entre pays seraient davantage régies par les rapports de force que par des règles. Dans cet environnement incertain, il existe – hélas – un risque de voir le marché unique se résumer dans les domaines technologiques à un simple lieu de rencontre entre consommateurs européens et entreprises américaines et chinoises. Cela oblige de facto l’UE à « affirmer » sa puissance économique, industrielle, et réglementaire, ce à quoi – fort heureusement – la Commission Juncker s’est attelée et qu’il faudra poursuivre et accentuer.

 

4 thoughts on “Décryptage n°3: Cow-boy versus Shaolin

  1. bonjour Madame et merci pour votre commentaire.
    Il me semble que le Luxembourg, au centre de l’Europe, a intérêt à voir et contribuer à faire émerger un consensus de Bruxelles crédible, audible et unifié, en face des consensus commerciaux et technologiques de Washington et de Pékin afin de « peser » face aux USA et à la Chine et éviter le sort peu enviable pour l’UE de devenir une colonie numérique des USA et de la Chine.
    S’agissant du Grand-Duché précisément, pour le moment, les impacts de la guerre commerciale sino-américaine sur l’économie luxembourgeoise seraient plutôt négligeables; il est toutefois à noter et à surveiller certains développements particuliers au niveau des IDE (voir ici par exemple : http://www.oecd.org/investment/FDI-in-Figures-April-2019.pdf .
    Je porte également à votre attention que le STATEC et Eurofound ont simulé l’impact que pourrait avoir sur l’économie du Luxembourg une guerre commerciale totale et durable (impact à 2023 et 2030), je vous invite à les regarder
    https://statistiques.public.lu/catalogue-publications/economie-statistiques/2019/105-2019.pdf et https://www.eurofound.europa.eu/sites/default/files/ef_publication/field_ef_document/fomeef18008en.pdf
    cordialement.

  2. Merci pour toutes ces informations complémentaires Monsieur,
    Suggérez-vous que la tendance récente de désinvestissement au Luxembourg est due à la guerre commerciale? Quelles en sont les raisons?
    Bien à vous,

  3. bonsoir Madame,
    je dis juste que c’est là quelque chose à surveiller. pour le moment, les évolutions observées concernant les IDE seraient le fait de la récente réforme fiscale américaine plutôt que de la guerre commerciale. Mais puisque la guerre commerciale engendre des dynamiques instables et incite à rapatrier une partie des chaînes de valeur sur les sols nationaux, cela pourrait fort bien avoir un impact non négligeable sur les IDE, et à ce titre, le Luxembourg, porte d’entrée des IDE en Europe, pourrait être concerné. A ce stade, il s’agit encore de conjectures et de risques cela dit.

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