La question du chômage est au cœur des réformes engagées et envisagées au Luxembourg. Ainsi, dans le dernier Programme national de réforme du Grand-Duché il est dit que « le risque d’un chômage élevé est devenu une préoccupation de premier plan ». Alors que la croissance du PIB et de l’emploi seraient à des niveaux « convenables » au moins jusqu’en 2019 au Luxembourg, le taux de chômage (actuellement 6,9%) pourrait progresser jusqu’à tutoyer les 8%. C’est là une indication qu’il est peu probable que l’on observe un retour rapide du taux de chômage luxembourgeois vers les taux d’avant crise. Comment lutter, efficacement, contre ce chômage dont la composante structurelle ne cesse d’augmenter ?

Au Luxembourg, le chômage revêt des réalités multiples. Il varie ainsi du simple au double entre les cantons de Grevenmacher et d’Esch ; il touche plus souvent les résidents étrangers (taux de chômage de 7,5% pour les résidents étrangers ressortissants de l’UE, 14% pour les ressortissants de pays tiers) que les Luxembourgeois (taux de chômage de 3,5%) ; concerne principalement des actifs non ou peu qualifiés (le taux de chômage est de 10% chez ceux qui ont au maximum un niveau d’éducation secondaire inférieur, et de moins de 4% chez ceux qui ont un diplôme de niveau tertiaire) ; et menace davantage les jeunes (dont le taux de chômage est plus élevé que la moyenne de la population active) et les seniors demandeurs d’emploi (qui ont plus de difficulté à retrouver du travail que la moyenne).

Il est un fait que la bataille contre le chômage est « compliquée », et que le « problème » du chômage est difficile à résoudre (sinon il aurait déjà été réglé). Puisque le chômage est multiforme (frappe les jeunes, les moins qualifiés, les résidents étrangers), il en résulte qu’il n’y a pas de remède unique au problème. Il ne suffit donc pas d’augmenter (ou de diminuer) la protection de l’emploi, ni de miser sur l’amélioration de la conjoncture économique, pour remédier au niveau de chômage relativement haut que connaît le Luxembourg (plus de 18.000 chômeurs, plus de 20.000 demandeurs d’emploi en incluant les personnes affectées à une mesure pour l’emploi). Les sources du chômage sont multiples, les solutions à envisager doivent en conséquence comporter plusieurs dimensions et se penser sur plusieurs horizons.

A court terme, le principal enjeu pour les pouvoirs publics luxembourgeois, en ce qui concerne la lutte contre le chômage, est d’arriver à intégrer sur le marché du travail les moins qualifiés. Les expériences internationales montrent que les initiatives qui fonctionnent en ce sens combinent : baisse du coût du travail des travailleurs les moins qualifiés (via des allègements de cotisations sociales ou des salaires minimum différenciés (par âge, branches, durée de chômage, etc.)), des incitations à prendre un emploi (y compris des « petits-boulots ») (logique d’insertion pour éviter tout éloignement prolongé du marché du travail), la formation (avec l’objectif de faire remonter la productivité des travailleurs les moins qualifiés). Le grand écart qui existe entre les salaires minimum au Luxembourg et dans les régions limitrophes fait que toute action sur le coût du travail au voisinage du salaire social minimum devrait être de très grande ampleur pour avoir un impact significatif sur l’emploi des peu qualifiés résidents. Parce qu’une telle démarche est peu probable, les mesures d’incitation et la formation sont les alternatives à privilégier. L’incitation au retour à l’emploi suppose de pousser à la recherche active d’emploi les chômeurs indemnisés (renforcement des contrôles), de  « récompenser » le retour à l’emploi des plus modestes, de décourager l’inactivité (en parvenant à augmenter le nombre de chômeurs bénéficiant du RMG participant à des activités d’insertion par exemple), et de s’assurer que les prestations sociales ou le système de taxation n’agissent pas comme des trappes à inactivité (à cet égard, les effets de débordement de l’augmentation prévue de la subvention loyer sont à surveiller). S’agissant de la formation à direction des chômeurs, il semble que malgré la richesse de l’offre (qui émane d’organismes privés, d’asbl, de Chambres professionnelles), elle ne touche pas nécessairement sa cible ; il y a sans doute une « rationalisation » à effectuer en ce sens. Dans un premier temps, une vaste réflexion sur le sujet (dans le cadre des débats en cours sur la maison de l’orientation par exemple) serait bienvenue.

A moyen terme, il convient d’améliorer la capacité de l’enseignement à préparer les jeunes à entrer directement dans la vie active (notamment en rapprochant l’école de l’entreprise et en anticipant les besoins en main d’œuvre de demain), d’afficher des objectifs quantitatifs et qualitatifs en termes de contrats d’apprentissage signés (afin de pouvoir piloter au mieux cette politique), de valoriser et populariser certaines formations en lien avec des secteurs porteurs qui rémunèrent souvent au voisinage du salaire minimum (construction, Horeca, agents de sécurité, agents de nettoyage), de prendre des mesures « ciblées » sur les jeunes dans des familles touchant le RMG afin de minimiser leur risque d’échec scolaire, de matérialiser l’objectif d’offrir la plus large palette d’alternatives possibles aux décrocheurs (école de la deuxième chance, alternance, accompagnement renforcé vers l’emploi via la Garantie pour la jeunesse, etc…)

A plus long terme, il faut parvenir à gommer les différences de niveau très marquées parmi les élèves en fonction de leur niveau socio-économique et le déterminisme dans l’orientation des élèves suivant leur « background » social. Aussi (et surtout), il faut œuvrer à conserver et renforcer la position compétitive et attractive du Grand-Duché afin que le territoire, dont la population active est en constante hausse, puisse continuer à fournir des possibilités d’emplois au plus grand nombre.

S’agissant des seniors, les réformes, certes bienvenues, visant à augmenter leur taux d’activité (réforme du système de pension, réformes des systèmes de préretraite) risquent d’augmenter à l’avenir leur probabilité de se retrouver au chômage. Pour éviter que ce risque ne se matérialise et que de plus en plus de seniors connaissent un épisode de chômage entre leur dernier emploi et la retraite, il faut que le vieillissement actif soit un vieillissement productif.  Cela pose donc la double question du niveau de qualification des (futurs) seniors et du coût du travail (l’indexation automatique des salaires tirant, de jure, la rémunération à la hausse avec l’ancienneté). Concernant les seniors chômeurs (actuels), leur profil (seulement 11% ont un diplôme de niveau supérieur, 42% font l’objet de reclassements externes ou sont reconnus comme travailleurs handicapés, près de 60% ont déjà passé plus de 12 mois au chômage) laisse supposer que certains d’entre eux ont une probabilité très faible de réintégrer le marché « régulier » du travail ; l’intérim pourrait être alors un moyen de les « réactiver » ; pour ceux qui ont une bonne probabilité de retrouver un emploi, il faudrait leur réserver un traitement particulier (conseillers Adem spécialisés dans le chômage des seniors, contact fréquent avec l’Adem, place prioritaire dans les placements dans le cadre du programme « entreprises partenaires de l’emploi », activités sportives, etc.) afin d’augmenter encore davantage leur probabilité de réintégration du marché du travail.

La lutte contre le chômage est, notamment depuis la crise, l’une des priorités du Luxembourg. Que le taux de chômage soit encore proche des 7%, en dépit des efforts répétés et des moyens consentis, démontre à quel point le problème est complexe. Ce texte se veut une « modeste contribution à la cause.

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