Il est courant d’entendre dans la bouche des économistes (et des investisseurs) des discours angoissants concernant les taux de croissance annuels du PIB de la Chine qui ralentissent et de ses retentissements négatifs, voire catastrophiques, sur l’économie mondiale. D’autant qu’avec les implications économiques du Coronavirus, il est fort possible que cette tendance se poursuive, du moins à court terme. Toutefois, il semble que peu d’entre eux ne comprennent réellement le comportement exponentiel d’une suite géométrique[1].

En effet, est-il vraiment possible que la Chine continue éternellement et imperturbablement à afficher une croissance économique annuelle de 6,5% (ou plus)[2] alors même que la croissance mondiale progresse en général de l’ordre de 3,5% par an ? L’année qui suivit l’adhésion de la Chine à l’OMC[3], l’Empire du Milieu pesait pour 8,3% dans l’économie mondiale, contre 19,9% pour les Etats-Unis et 23,2% pour l’Union européenne[4]. En 2018, soit seize ans plus tard, la Chine représentait 18,7% de l’économie mondiale, contre respectivement 15,2% et 16,3% pour l’Oncle Sam et l’UE. Si ce véritable miracle économique venait à se poursuivre, l’économie chinoise représenterait 25% en 2028 du PIB mondial et 50% en 2059 (voir graphique[5]).

Ce raisonnement par l’absurde prouve donc que la croissance chinoise actuelle est insoutenable et qu’elle convergera de facto à terme (et dans le meilleur des cas) vers le même rythme que celle de la croissance mondiale. L’économie chinoise arrivera tôt ou tard elle aussi à maturité, de sorte que la loi des rendements décroissants s’appliquera aussi pour son cas. Une situation inverse défierait les lois de la nature. Dès lors, par pitié, arrêtons d’être surpris !

Graphe : Poids de la Chine dans l’économie mondiale et projection avec un raisonnement par l’absurde, toutes choses égales par ailleurs, de 2002 à 2060[6]

Sources : FMI et calculs de l’auteur  

[1] Pour illustrer ce propos avec un comportement équivalent, le passage à des intérêts composés s’effectue également avec une suite géométrique. D’ailleurs Albert Einstein renomma lui-même les intérêts composés comme étant la huitième merveille du monde : « Compound interest is the eighth wonder of the world. He who understands it, earns it … he who doesn’t … pays it. »

[2] « Le NBS (National Bureau of Statistics of China) est conscient de la tendance des fonctionnaires provinciaux à surévaluer le PIB et l’institut corrige ce comportement. En 1994, le pays a introduit des enquêtes de recensement pour contourner les services statistiques de niveau inférieur et vérifier la qualité de la collecte des données. Quatre ans plus tard, le NBS a pris des mesures contre la falsification des données en publiant une réforme qui a permis des ruptures statistiques dans les chiffres provinciaux pour soulager l’exagération passée. En 2015, le NBS a déclaré un PIB national de 10,4 billions de dollars, soit environ 7% de moins que la somme des chiffres provinciaux (…). Bernanke et Olson ont souligné que cette fluidité est plus probablement le résultat de problèmes techniques plutôt que de manipulations politiques (…) Le système de données économiques de la Chine est un travail en cours et un obstacle que les statisticiens doivent encore surmonter. Le NBS pourrait améliorer son système en offrant une plus grande transparence derrière le processus de collecte de données et les procédures statistiques, permettant aux utilisateurs de données de mieux identifier les faiblesses des chiffres officiels. Mais les critiques sévères des autorités chinoises et les accusations de falsification ou de manipulation intentionnelles sont probablement déplacées. La vérité est plus probable que la croissance économique en Chine est trop difficile à saisir aussi efficacement que la croissance dans les pays développés. » (Michael T. Owyang & Hannah G. Shell 2017). Voir : https://www.stlouisfed.org/publications/regional-economist/second-quarter-2017/chinas-economic-data-an-accurate-reflection-or-just-smoke-and-mirrors

[3] L’entrée de la Chine à l’OMC devient effective le 11 décembre 2001. Voir : https://www.wto.org/french/thewto_f/countries_f/china_f.htm

[4] PIB en parité de pouvoir d’achat (FMI) Voir : https://www.imf.org/external/datamapper/PPPGDP@WEO/OEMDC/ADVEC/WEOWORLD

[5] Hypothèses retenues : 6,6% de croissance économique annuelle continue pour la Chine et 3,6% pour l’économie mondiale, avec des taux d’inflation inchangés.

[6] Pour rappel, hypothèses retenues : 6,6% de croissance économique annuelle continue pour la Chine et 3,6% pour l’économie mondiale, avec des taux d’inflation inchangés.

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