Le commerce de biens du Luxembourg est très largement devancé par les échanges internationaux de services (notamment financiers) et contribue « négativement » à la balance courante du pays[1]. Néanmoins, cela n’enlève rien à l’importance des échanges commerciaux de biens pour les secteurs qui en dépendent.

En effet, si l’on considère l’industrie manufacturière et l’agriculture, secteurs concernés par la quasi-totalité des exportations de biens[2], l’importance du commerce extérieur prend une toute autre dimension. D’après l’OCDE (voir graphique), les emplois soutenus par la demande finale extérieure (UE et reste du monde) représentent 82% des emplois agricoles et 75% des emplois industriels du Luxembourg, des niveaux somme toute assez proches de ceux du secteur des services marchands (88%). Sur l’ensemble de l’économie, la demande finale extérieure soutiendrait 59% des emplois, soit 238.000 postes. En moyenne dans les pays de l’Union européenne, la part des emplois soutenue par la demande extérieure s’élève à 27%.

Autre observation attestant de l’importance des échanges de biens pour l’économie luxembourgeoise, alors que leur poids dans le PIB a eu tendance à se tasser au fil des décennies, le ratio des exportations rapportées à la valeur ajoutée des secteurs concernés (industrie et agriculture) s’est quant à lui considérablement renforcé. Dans une récente étude[3], IDEA a mis en avant des éléments qui suggèrent que le processus d’intégration (en particulier la mise en place du marché unique en 1993) mais aussi les vagues d’élargissement de l’Union Européenne ont eu un effet stimulant sur cet indicateur.

Dans le domaine du commerce extérieur, d’autres éléments plaident en outre pour une « démystification » du solde commercial négatif du pays. Si le Luxembourg vend moins de biens à l’étranger qu’il n’en importe, cela est plus que compensé par la balance du secteur des services et pourrait davantage refléter un effet de spécialisation qu’un déficit de compétitivité. Dans l’absolu, le dynamisme des importations n’est d’ailleurs pas un mauvais signal : il évolue avec le pouvoir d’achat des consommateurs et la demande de biens destinés à être transformés par les entreprises du pays (souvent pour être réexportés[4]). Un autre effet plus « régional » joue également. La  consommation par des non-résidents sur le territoire national de biens importés a tendance à « alourdir » structurellement le déficit commercial apparent du Luxembourg. Par exemple, en 2018, les importations de « combustibles minéraux » (les carburants pétroliers…) ont représenté plus de 2 milliards d’euros et les exportations 166 fois moins (12 millions). Or, on sait qu’une partie significative des carburants est consommée par des ménages non-résidents, des achats contribuant positivement à la balance courante du pays sans être enregistrés comme des exportations. Cet effet joue également sur d’autres biens importés pour être vendus à des consommateurs finaux non-résidents (restauration, automobile, électronique, etc.), car au total, les non-résidents représentent 23% de la consommation constatée sur le territoire national (soit 4,6 milliards d’euros[5]). Une proportion non-négligeable…

Le commerce extérieur de biens du Luxembourg doit bien être analysé en tenant compte des spécificités d’une « petite » économie ouverte, un territoire où – plus qu’ailleurs – il est à la fois impossible de consommer tout ce que l’on produit, de produire tout ce que l’on consomme, mais où les libertés de circulation sont palpables… et vitales.

 


[1] En 2018, les échanges de biens du Luxembourg avec le reste du monde se sont élevés à environ 33 milliards d’euros contre plus de 170 milliards pour les échanges de services. Pour les échanges de biens, le pays affichait un déficit commercial de 6,8 milliards d’euros (définition de la balance commerciale) contre un excédent de 22,6 milliards pour les échanges de services (définition de la balance courante).

[2] Hors énergie.

[3] Fondation IDEA asbl, (Mai 2019), Idée du mois n°23 : « Les bénéfices économiques de l’intégration européenne au Luxembourg. Ode à la joie ? ». Lien: https://www.fondation-idea.lu/2019/05/21/idee-du-mois-n23-les-benefices-economiques-de-lintegration-europeenne-au-luxembourg-ode-a-la-joie/.

[4] A ce titre, il est intéressant de noter que le Luxembourg affiche le plus fort contenu en importation de ses exportations selon l’OCDE. Voir : https://data.oecd.org/trade/import-content-of-exports.htm.

[5] Source STATEC, comptes nationaux.

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