Après ses deux dernières publications « Logement au Luxembourg, état des lieux d’entrée » et « Sous-occupation, non-occupation et colocation : les petites pièces du puzzle résidentiel », IDEA clôture sa série thématique autour de la problématique du logement en décryptant ses effets au-delà des frontières.

Se loger au delà des frontières ? Luxembourg – Grande Région : je t’aime, moi non plus

Tandis que la croissance démographique luxembourgeoise est fortement tirée par une hausse continue du nombre de nouveaux arrivants, des départs sont également observables. Et parmi les personnes quittant le pays pour des raisons multiples, ce sont plus de 16.000 salariés-résidents qui ont déménagé dans un territoire frontalier entre 2001 et 2011 (sans compter les éventuels membres de leurs familles) pour devenir ainsi des « frontaliers atypiques ».

La mobilité résidentielle transfrontalière semble se renforcer, notamment en raison d’écarts de prix significatifs sur les marchés de l’immobilier des différents pays. S’installer de l’autre côté de la frontière apparaît souvent comme une nécessité pour qui désire acquérir un logement et/ou en augmenter la taille, avec en contrepartie un éloignement du lieu de travail. Pour les actifs en emploi ayant déménagé hors du Luxembourg, au sein de la Grande Région, la part des propriétaires passe de 20% à 57%. La disponibilité foncière des territoires frontaliers offre ainsi une soupape de décompression bienvenue face à un marché de l’immobilier domestique sous haute tension et de plus en plus sélectif, notamment autour de la capitale.

Etudier ces mobilités revient à se pencher sur les dynamiques socio-économiques à l’œuvre dans l’aire d’influence de l’agglomération de Luxembourg-ville, locomotive économique au cœur de la Grande Région, une aire qui s’étend toujours plus loin au-delà des frontières nationales (elle représente près de 2 millions d’habitants). Cette logique de métropolisation implique une interdépendance accrue des différents territoires transfrontaliers. La présente Idée du mois revient donc sur les raisons qui font que ce schéma de développement est une « aubaine partagée » par le Luxembourg et ses voisins, mais insiste aussi sur les risques inhérents à cette forme d’intégration transfrontalière (comme la saturation des infrastructures, l’interdépendance croissante des territoires, la cohésion sociale, les tensions immobilières par exemple).

Enfin, des pistes pour la coopération transfrontalière sont proposées :

– Piste n°1: articuler le Schéma de Développement Territorial (SDT) grand-régional, les coopérations bilatérales et la stratégie nationale d’aménagement du territoire du Luxembourg.

– Piste n°2 saisir l’occasion de la présidence luxembourgeoise du Sommet de la Grande Région pour envoyer des signaux forts sur les opportunités de l’intégration au sein de cet espace.

– Piste n°3: jouer sur tous les leviers permettant de rapprocher les actifs de leurs lieux de travail (ou de s’affranchir de la contrainte d’éloignement).

– Piste n°4: accélérer également la coopération sur le plan économique.

– Piste n°5: multiplier les expérimentations et voir plus loin.

Les opportunités réciproques induites par « l’effet-frontière », pour le Luxembourg comme pour ses voisins proches, continueront vraisemblablement d’être l’un des principaux moteurs de leur développement respectif. Cependant, à mesure que se renforce la croissance du Grand-Duché, améliorer la coordination des politiques d’aménagement devient capital. En effet, une attitude  – de part et d’autre de la frontière – qui consisterait à ignorer cette intégration et les défis qu’elle implique, pourrait à terme faire de l’interdépendance des territoires de la Grande Région leur principale vulnérabilité… alors-même qu’il s’agit d’un précieux atout.

3 thoughts on “Idée du mois n°17 : Le logement au-delà des frontières (3/3)

  1. Ne vous découvrant qu’à l’instant, par un article paru dans The Chronicle, je m’empresse de vous faire parvenir deux remarques:
    – la co-location n’est pas reconnue au Luxembourg. Toutes les personnes habitant sous un même toît sont considérées comme un seul foyer fiscal. Certains ont déjà eu de très mauvaises surprises.
    – j’ai lu quelque part sur la toile une proposition intéressante, celle de partager les frais d’agence entre locataire et propriétaire. Je ne sais pas comment la Belgique fonctionne aujourd’hui mais il y a qques années, les frais d’agence étaient réglés par le propriétaire.

    Cordialement,

    1. Madame Rey,

      Avant tout, merci pour votre commentaire et pour votre intérêt.

      – Pour rebondir sur le premier point, je vous renvoie aux pages 22/23 de l’étude.
      En fait, lors du recensement de 2011, “logement” et “ménage” ont été dissociés actant qu’un logement pouvait contenir plusieurs ménages définis commme “une personne vivant seule, ou deux personnes ou plus avec ou sans liens de parenté, habitant normalement un même logement et y ayant une vie commune.
      Former un ménage comporte des éléments de définition subjectifs (« avoir une vie commune » : partage de repas, de budget…), pouvant être assez éloigné du fonctionnement du « modèle » (co)locatif du pays.
      Pourriez-vous peut être développer le genre de “mauvaises surprises” auxquelles vous faites allusion?

      Hormis la France (loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové (ALUR)), les pays voisins n’ont pas arrêté de définition légale et appliquent des règles de location “classique”. Cette reconnaissance juridique, si elle entérine une pratique déjà répandue, a le mérite de clarifier la donne en lui offrant un cadre et une existence juridique propres. De nature à rassurer propriétaires comme locataires?

      – Quant au second point, je confirme que depuis une loi de 2009, les frais d’agence pour la location d’un bien à des fins de résidence principale sont à la charge du bailleur en Belgique. Le débat n’est pas absent au Luxembourg mais l’un des arguments plaidant contre est que des frais supplémentaires à la charge du bailleur/propriétaire pourraient contribuer à restreindre l’offre sur un marché de la location déjà bien tendu…

      Si vous avez d’autres remarques ou d’autres questions, nous y réagirons avec plaisir et intérêt.

      Par ailleurs, n’hésitez pas à vous inscrire à la Matinale que nous consacrons à ce thème le 18 janvier prochain: http://www.fondation-idea.lu/inscription/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *