Au Luxembourg, les pompes à chaleur sont financièrement attractives à long terme grâce aux aides actuelles et permettent de réduire significativement les émissions de CO₂, mais leur déploiement demeure lent.
Le secteur du bâtiment représente environ 20 % des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES) liées à l’énergie, tandis que le chauffage des logements à lui seul en représente environ 13 % en 2024. Il existe donc un potentiel important de décarbonation du secteur grâce aux pompes à chaleur, d’autant plus que le parc résidentiel luxembourgeois reste fortement dépendant du gaz naturel et du fioul.
Malgré cela, le déploiement des pompes à chaleur reste limité. Fin 2024, le Luxembourg comptait environ 20 000 pompes à chaleur, soit moins de 80 installations pour 1 000 ménages. Le STATEC envisage néanmoins un parc de plus de 150 000 pompes à chaleur d’ici 2050, ce qui implique une accélération considérable du marché par rapport à son niveau actuel.
Au Luxembourg, les pompes à chaleur air-eau constituent la technologie la plus répandue et sont au cœur de la présente étude. Les pompes à chaleur géothermiques bénéficient également d’un soutien public, mais elles sont moins adaptées à de nombreux ménages en raison de leur coût plus élevé et de contraintes d’installation plus importantes. Les pompes à chaleur air-air ne bénéficient pas d’aides publiques et ne produisent généralement pas d’eau chaude sanitaire.
Principaux résultats
L’étude compare les pompes à chaleur air-eau aux chaudières au gaz et au fioul dans trois scénarios résidentiels sur une période de 20 ans. Le modèle repose sur une demande annuelle de chaleur utile de 15 000 kWh, un SCOP de 3,0 pour la pompe à chaleur, une hausse annuelle des prix de l’énergie de 2 % pour l’électricité et de 3 % pour le gaz et le fioul, ainsi qu’un taux d’actualisation de 5 %. Les montants présentés ci-dessous correspondent à des coûts actualisés sur 20 ans.
- Scénario 1 – Nouvelle construction : environ 38 500 € pour une pompe à chaleur, contre 45 900 € pour le gaz ; seuil de rentabilité atteint après environ 7 ans.
- Scénario 2 – Rénovation standard : environ 37 500 €, contre 45 900 € pour le gaz et 54 300 € pour le fioul ; seuil de rentabilité par rapport au gaz atteint après environ 6 ans.
- Scénario 3 – Rénovation complexe : environ 42 500 €, contre 45 900 € pour le gaz ; seuil de rentabilité atteint seulement après environ 14 ans.
- L’avantage économique à long terme de la pompe à chaleur repose sur les aides actuellement disponibles, des prix de l’électricité relativement favorables et une efficacité énergétique nettement supérieure : avec un SCOP de 3,0, elle fournit environ trois unités de chaleur utile pour une unité d’électricité consommée.
- Dans les scénarios de rénovation, le chauffage au fioul apparaît clairement comme l’option la moins attractive, combinant les coûts sur la durée de vie les plus élevés et les émissions les plus importantes.
- Les résultats demeurent globalement robustes même dans un scénario où les prix de l’électricité et du gaz augmentent tous deux de 2 % par an, bien que l’avantage économique devienne limité dans le cas des rénovations complexes et que le seuil de rentabilité soit repoussé.
- Vu le manque de données et les questions de périmètre de coût à prendre en compte, dans le modèle utilisé, le montant maximum du coût d’installation d’une pompe à chaleur pour rester rentable après 15 ans par rapport à une chaudière au gaz est d’environ 40 000 € (avec actualisation des coûts, 51 000 € sans actualisation).
Le Luxembourg comparé à certains marchés européens
- Avec un coût brut représentatif d’installation d’une pompe à chaleur air-eau d’environ 35 000 €, contre environ 15 000 € en France, 12 000 € aux Pays-Bas et 10 000 € en Belgique, le Luxembourg figure parmi les pays les plus chers de l’échantillon étudié. En revanche, le Luxembourg bénéficie de prix de l’électricité relativement avantageux.
- Toutefois, les revenus plus élevés au Luxembourg ne compensent pas entièrement ces coûts. Après ajustement des revenus en fonction du pouvoir d’achat, le poids du coût d’installation est environ 29 % plus faible en France, 40 % plus faible en Belgique et 42 % plus faible aux Pays-Bas qu’au Luxembourg, tandis qu’il est environ 70 % plus élevé en Allemagne.
Impact climatique et efficacité économique
- Le remplacement d’une chaudière au gaz par une pompe à chaleur permet de réduire les émissions liées au chauffage d’environ 68 %, tandis que le remplacement d’une chaudière au fioul permet une réduction d’environ 76 %.
- L’efficacité des aides publiques varie fortement selon les situations. Le coût de la subvention est estimé à environ :
- 87 €/ évitée dans le cas d’une nouvelle construction ;
- 325 €/ évitée dans le cas du remplacement standard d’une chaudière au gaz ;
- 434 €/ évitée dans le cas d’une rénovation complexe.
Dans le scénario de nouvelle construction, la pompe à chaleur présente même un coût marginal d’abattement social négatif, ce qui signifie qu’elle permet de réduire les émissions tout en diminuant les coûts totaux sur la durée de vie, même avant prise en compte des subventions.
Défis : un ensemble de facteurs qui se renforcent mutuellement
- Coûts d’installation élevés : les coûts bruts d’installation restent particulièrement élevés par rapport aux pays voisins et à d’autres marchés européens comparables.
- Perception limitée du besoin de rénovation : une part importante des ménages luxembourgeois ne considère pas la rénovation comme nécessaire, ce qui réduit la propension à engager des investissements importants dans les systèmes de chauffage.
- Gaz naturel bon marché : le coût relativement faible du gaz continue de réduire l’incitation financière à abandonner les systèmes de chauffage fossiles.
- Incertitude quant aux prix futurs de l’électricité : l’incertitude entourant l’évolution à long terme des prix de l’électricité complique les décisions d’investissement des ménages, en particulier pour une technologie caractérisée par un coût initial élevé.
- Manque de transparence du marché : les informations limitées sur les coûts d’installation, les performances réelles des systèmes et le parc existant de pompes à chaleur rendent plus difficile une évaluation fiable du marché, tant pour les ménages que pour les décideurs publics.
- Obstacles liés au logement locatif et à la copropriété : dans le parc locatif, le propriétaire supporte souvent le coût de l’investissement tandis que le locataire bénéficie de la baisse des factures énergétiques. Dans les immeubles en copropriété, les propriétaires individuels disposent également d’une marge de manœuvre limitée pour décider de rénovations à l’échelle du bâtiment.
Priorités d’action pour accélérer le déploiement des pompes à chaleur
- Améliorer la collecte, le suivi et la qualité des données de marché. Le Luxembourg ne dispose toujours pas d’une vision fiable et régulièrement actualisée du parc de pompes à chaleur, des coûts d’installation et des performances observées en conditions réelles. De meilleures données permettraient aux ménages et aux responsables publics de prendre des décisions plus éclairées, tout en aidant à identifier les situations où les pompes à chaleur sont les plus performantes, où les coûts restent excessifs et où le soutien public est le plus efficace.
- Préserver un rapport de prix favorable entre l’électricité et le gaz. Les pompes à chaleur sont particulièrement attractives lorsque l’électricité reste relativement peu coûteuse par rapport au gaz. Le prix relativement faible du gaz naturel au Luxembourg réduit aujourd’hui l’incitation à électrifier le chauffage.
- Interdire le chauffage fossile dans les nouvelles constructions. Lorsque les pompes à chaleur sont déjà compétitives sur le plan économique, même sans subventions, le Luxembourg pourrait fixer une date claire à partir de laquelle l’installation de nouvelles chaudières fossiles serait interdite dans les bâtiments résidentiels neufs, après une période de transition adaptée et avec des exceptions limitées aux cas techniquement justifiés.
- Traiter explicitement les enjeux du logement locatif et de la copropriété. Une approche purement volontaire a peu de chances d’être suffisante lorsque propriétaires, locataires et copropriétaires font face à des incitations divergentes. Des avantages fiscaux, des mécanismes de préfinancement et de futures exigences minimales de performance pourraient être combinés, tout en prévoyant un soutien renforcé en faveur des ménages à faibles revenus.
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