À l’aveuglette
Au Luxembourg, ni l’étendue du stock de logements, ni le nombre de logements vacants, ni même le nombre de logements construits depuis 2021 ne sont vraiment connus.
Hélas, les zones d’ombre ne se limitent pas qu’à cela. De nombreux autres indicateurs, pourtant essentiels à la compréhension de la crise immobilière et à la conduite de la politique du logement, demeurent insuffisamment documentés.
Combien de bailleurs n’hésitent pas à profiter de la surchauffe du marché locatif pour exiger des loyers dépassant le cadre (5% du capital investi) fixé par la loi sur le bail à usage d’habitation ? Personne ne le sait !
Quel est le coût budgétaire des déductions fiscales accordées aux investisseurs locatifs ? Il est impossible de répondre à cette question « notamment parce que le contenu de l’annexe 190 (relative aux revenus de la location de propriétés bâties) n’est pas digitalisé » indiquait la Directrice de l’ACD en 2022.
Un document publié en juin 2024 par des chercheurs du LISER et de l’Université du Luxembourg regrettait que la répartition exacte des ménages entre propriétaires et locataires ne pouvait être établie car de trop nombreux ménages n’avaient pas (correctement) répondu au questionnaire du recensement de la population.
Jusqu’au potentiel de construction de logements reste sujet à conjecture. L’objectif régulièrement avancé d’achever 6.000 logements par an correspondrait ainsi davantage à un souhait politique qu’à une prévision crédible.
Ce regrettable flou statistique concernant des données qui pourraient être utiles à la politique du Logement avait été explicitement reconnu en 2023 lors d’un échange entre Mars Di Bartolomeo et Henri Kox.
Le Député du LSAP avait demandé au ministre du Logement d’alors s’il n’estimait pas que le phénomène des flux migratoires de ressortissants luxembourgeois vers les régions frontalières allemandes, françaises et belges mériterait une analyse statistique approfondie. En plus de lui répondre que oui, le ministre avait avancé 30 autres questions (e.g. la part de la rente foncière dans le développement des prix de l’immobilier, l’évolution des caractéristiques socio-économiques des primo-acquéreurs, les raisons de la faiblesse du taux de recours à la subvention de loyer) pour lesquelles des réponses pertinentes faisaient défaut.
Que l’État ignore à ce point des réalités qu’il prétend réguler et piloter fragilise nécessairement sa crédibilité. Aussi, en plus de subir la crise du logement, il risque de l’entretenir à devoir naviguer à vue …





