IDEA et ses partenaires sont heureux de partager la nouvelle édition des « Cahiers de la Grande Région ». Cet outil, à la parution semestrielle, a pour mission, d’une part, de mieux faire connaître la Grande Région, ses spécificités et ses enjeux et, d’autre part, de pallier le manque de visibilité de cet espace de vie et de coopération transfrontalière. L’objet des Cahiers consiste à informer tant les populations que les acteurs institutionnels ou de la société civile des problématiques et défis rencontrés au sein de la Grande Région.

Éditorial des Cahiers de la Grande Région N°3

Par Isabelle Pigeron-Piroth, Université du Luxembourg, UniGR-Center for Border Studies

et Rachid Belkacem, Université de Lorraine, UniGR-Center for Border Studies

Inscrit dans la continuité du Cahier n°2 interrogeant les équations du marché du travail, l’objet de ce Cahier n°3 de la Grande Région est la formation sous plusieurs de ses formes (formation continue, apprentissage…), ses réalités et ses défis. Question centrale et inhérente au marché du travail, la formation se trouve confrontée à de nombreux défis, liés certes au déclin démographique et à la difficile adéquation entre Offre et Demande d’emploi (abordés dans les précédents Cahiers), mais aussi à la particularité de la situation transfrontalière (questions linguistiques, transferts de qualifications d’une composante territoriale à l’autre…), et aux évolutions des contenus du travail et des emplois sous l’effet de la digitalisation. La situation sanitaire actuelle a de plus soulevé l’importance et le besoin de formation aux outils numériques permettant le télétravail.

La formation offre à un individu à la fois du savoir et du savoir-faire, qu’il peut acquérir de manière initiale (pendant ses études) ou continue (au long de sa vie professionnelle), ces formations pouvant être professionnelles ou non. La formation permet deux logiques d’action complémentaires : une logique d’action de type structurel en dotant durablement les actifs de compétences en réponse aux défis de l’emploi. Ainsi qu’une logique opérationnelle qui vise à faciliter l’adaptation rapide des actifs aux besoins des entreprises. Au sein de la Grande Région, l’interdépendance croissante des territoires interroge aussi sur les aspects linguistiques de la formation ou sur les qualifications transférables d’un territoire à un autre, dans un contexte où les besoins en qualifications à la fois généralistes et spécifiques commencent à se faire sentir.

En effet, les qualifications, les compétences et les métiers recherchés évoluent de plus en plus vite sous l’effet de différents facteurs : un environnement plus évolutif et surtout plus concurrentiel, des innovations technologiques (avec la digitalisation croissante du travail et des organisations du travail dans les entreprises). Les cadres et professions intermédiaires sont ceux qui ont le plus fortement progressé chez les frontaliers ces dernières années, alors que les métiers d’ouvriers sont en net recul depuis la fin des années 1990. De même, il a été relevé une élévation du niveau de qualification chez les employés. Les besoins futurs du marché du travail s’orientent ainsi vers des profils de plus haute technicité comme dans l’audit, la compliance, le droit ou la gestion de fortune. Dans les années à venir, on redoute même de ne plus pouvoir répondre aux besoins spécifiques de main-d’oeuvre dans le seul périmètre de la Grande Région (dans la santé par exemple). De plus, on constate que la zone d’attraction du marché de l’emploi luxembourgeois s’éloigne déjà des limites grand-régionales pour les recrutements de personnels hautement qualifiés. Est-ce le signe d’une certaine inadaptation de la formation en Grande Région, d’un manque de réactivité par rapport aux besoins particuliers du marché du travail ? Le taux d’emplois vacants[1] mesure les difficultés croissantes rencontrées par les employeurs pour trouver la main-d’oeuvre dont ils ont besoin. Il ne cesse d’augmenter et il a atteint un niveau élevé en Sarre et en Rhénanie-Palatinat dans plusieurs secteurs économiques (santé, sanitaire, industrie, bâtiment, …) selon les différents rapports annuels des agences pour l’emploi (ADEM, FOREM, Bundesagentur für Arbeit et Pôle emploi). Au Luxembourg selon l’ADEM (avril 2019), les juristes, comptables, auditeurs, profils médicaux, responsables commerciaux, chargés de gestion de personnel, développeurs informatiques constituent les domaines professionnels les plus recherchés.

Dans le même temps, le chômage ne cesse de croître, particulièrement chez les jeunes, surtout en Lorraine et en Wallonie. Cette situation met au premier plan la question de la formation (son organisation, et ses contenus notamment) et de ses objectifs (d’insertion ou encore de transition professionnelle).

La formation est un difficile jeu d’équilibre entre d’une part les besoins des entreprises, mais aussi les attentes et intérêts des individus. La recherche d’adéquation entre Offre et Demande de travail se double d’une nécessité d’adaptabilité, car la formation doit aussi apporter une réponse appropriée aux évolutions des besoins en qualifications au sein des entreprises et des territoires. Le manque de visibilité des possibilités offertes de part et d’autre des frontières, tout comme la persistance d’obstacles (linguistiques, reconnaissance des diplômes…) nous renvoie à une réflexion plus vaste sur l’intérêt d’une formation plus intégrée et mieux coordonnée au niveau grand-régional.

Ce Cahier de la Grande Région illustrera les problématiques de la formation à résoudre dans les années à venir. Il s’appuie sur les travaux de divers instituts de la Grande Région. L’utilité d’une politique de formation intégrée comme soutien au codéveloppement dans la Grande Région sera tout d’abord soulignée. Elle sera suivie d’une analyse de la formation professionnelle continue dans le contexte de la transformation numérique au niveau de l’ensemble de la Grande Région. Puis de manière plus ciblée, les pratiques de formation professionnelle des entreprises au Luxembourg seront analysées en détail. Enfin les deux derniers textes aborderont plus spécifiquement la formation professionnelle transfrontalière : entre Sarre et Lorraine puis au Luxembourg.

[1] Les taux d’emploi vacants correspondent au pourcentage d’emplois vacants (Offres d’emplois non satisfaites) dans l’ensemble des emplois du secteur (vacants et occupés).

SOMMAIRE

  • Editorial : Rachid Belkacem (UniGR-Center for Border Studies, Université de Lorraine) et Isabelle Pigeron-Piroth (UniGR-Center for Border Studies, Université du Luxembourg)
  • Le codéveloppement dans l’aire métropolitaine transfrontalière du Luxembourg : quelques pistes pour une politique de formation plus intégrée Vincent Hein (Fondation IDEA asbl)
  • La formation professionnelle continue à l’ère de la numérisation du monde du travail – perspectives et champs d’action dans la Grande Région Alexa Holz-Himbert (OIE)
  • La formation dans les entreprises du secteur privé au Luxembourg Yasmine Ben Salem et Alex Durand, l’Institut National pour le développement de la Formation Professionnelle Continue (INFPC)
  • Processus d’apprentissage régionaux dans la région frontalière Sarre-Lorraine. Un exemple de formation professionnelle transfrontalière en alternance Birte Nienaber (Université du Luxembourg, UniGR-CBS),
  • Peter Dörrenbächer et Ines Funk (Université de la Sarre, UniGR-CBS)
  • Eclairage sur l’apprentissage transfrontalier au Luxembourg Line Jacoby (Chambre de Commerce du Luxembourg)

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