C’est un fait: le secteur de l’hôtellerie, restauration et cafés (HORECA) a été lourdement touché par la crise de la Covid-19. Durant le confinement décidé par les autorités pour des raisons de santé publique, il a ainsi accusé une baisse de 90% de son taux d’activité par rapport à la normale et vu la part de ses salariés en chômage partiel atteindre 85% en avril (puis 70% en mai et 50% en juin). Malgré le déconfinement et la réouverture des établissements, l’avenir demeure assombri pour de nombreux professionnels (absence d’effet de rebond, maintien des règles de distanciation sociale et du télétravail, prudence des consommateurs, permanence de charges fixes…). Dans ce contexte, employeurs et salariés bénéficiaires ont à leur disposition un outil de soutien à la relance: les chèques repas. Au Luxembourg, 18% des salariés benéficient ainsi de chèques repas, de repas gratuits ou de cantines soit plus de 75 000 personnes[1].

D’après une loi du 10 décembre 1986, complétée par le règlement grand-ducal (RGD) du 29 décembre 1986, tout employeur peut mettre à disposition de ses salariés des chèques repas pour participer au paiement de leur déjeuner. Suivant l’article 2 du RGD, un chèque repas se définit comme « un titre non négociable d’une valeur déterminée, émis par un employeur à l’usage strictement personnel de son salarié, permettant au salarié de prendre au cours d’une journée de travail tout ou partie d’un repas principal auprès d’un restaurateur. » Il précise que les chèques « doivent comporter un espace réservé où sont à inscrire la date d’utilisation du chèque et la désignation du restaurateur ayant servi le repas. » Selon l’Inspection du Travail et des Mines (ITM), ils n’ont pour but « que de permettre au salarié de prendre un repas chez un restaurateur au cours d’une journée de travail ». En théorie, ces chèques repas ne peuvent donc pas être utilisés en dehors du travail (soir, weekend, congés…). Dans la pratique, leur utilisation se veut plus large, tolérant des courses « personnelles », alimentaires ou non, en grande distribution (une problématique qui n’est d’ailleurs pas propre au Luxembourg).

Durant le confinement, le télétravail a connu un développement à marche forcée fulgurant puisque 55% des travailleurs ont pu le pratiquer dont sans doute une grande partie des bénéficiaires de chèques restaurant (26% des personnes avec des responsabilités managériales en reçoivent). S’il n’est pas amené à se pérenniser sous cette forme (exclusive et contrainte), sa pratique pourrait tout de même progresser, avec un impact négatif sur le secteur de la restauration au Luxembourg. Imaginons que la moitié des salariés du Luxembourg effectue 1 jour de télétravail par semaine et déjeune chez elle, cela représente 220 000 repas « perdus », au prix moyen de 10 euros, soit plus de 100.000.000 euros de perte de chiffre d’affaire par an.

En outre, ce changement d’organisation du travail est de nature à questionner le bénéfice et l’utilisation des chèques repas. Ainsi, l’on peut se demander si prester une journée de travail à domicile devrait ouvrir le droit à un tel avantage si la condition de « prendre un repas chez un restaurateur » n’est pas respectée. En effet, si le télétravailleur mange à son domicile un plat qu’il a lui-même préparé pour le déjeuner, la philosophie initiale de soutien à la restauration s’en trouve affaiblie (ce qui vaut également pour les déjeuners faits maison consommés au bureau d’ailleurs). Ne reste alors « que » l’objectif d’augmentation du pouvoir d’achat du salarié. Or dans cette phase de reprise, difficile pour la restauration, la mobilisation à bon escient d’un tel outil s’avèrerait très utile. Pour ce faire, deux pistes sont à explorer : restreindre les possibilités d’usage des chèques repas aux seuls restaurants[2] (voire en augmenter la valeur faciale[3]) et réduire leur durée de validité pour accélérer leur distribution aux restaurateurs.

 

Photo by Alfred Rowe on Unsplash

 


[1] Cela concorde avec les données de Sodexo, leader du secteur des chèques repas et cadeaux, et d’Edenred qui revendiquent respectivement 55 000 et 23 250 bénéficiaires.

Source:https://paperjam.lu/article/cheques-repas-en-huit-question#:~:text=Au%20Luxembourg%2C%2018%25%20des%20salari%C3%A9s,en%20affiche%2023.250%20au%20compteur.

[2] A ce titre, leur digitalisation pourrait appuyer cette sélectivité en apportant plus de traçabilité et de transparence.

En France, la grande distribution ne peut pas accepter plus de 2 chèques repas par jour dans la limite de 19 euros par jour pour l’achat de produits alimentaires immédiatement consommables ou servant à la préparation des repas dans les grandes et moyennes surfaces.

[3] Voir proposition de la Chambre de Commerce : https://vimeo.com/413525172

Rappel historique de l’évolution de cette valeur : Question et réponse parlementaires

https://www.chd.lu/wps/PA_RoleDesAffaires/FTSByteServingServletImpl?path=4744E794222F91513D07EC6B37BE721EAA4DCABA8B450C4FF58DE36EBFD44DBE5D6E0AFBE4D5298AE02F6E546542769F$AFB6015E9B89C03B303A01CFFF3706E5

https://www.chd.lu/wps/PA_RoleDesAffaires/FTSByteServingServletImpl?path=D43BB135AAA21AD951FE28E6080D632464B8685B958CB6385CF55D5F9A879069B1D5C172EBDBE46B331004B9E3A23BE1$2F34FF067A9C8EFDCC0EB37F561EDB03

4 thoughts on “Durcir les conditions d’utilisation des chèques repas pour soutenir le secteur de l’HORECA ?

  1. Dans notre société on voit de plus en plus apparaître les idées et les pratiques selon les quelles pour réparer un dégâts la solution est trouvée dans la limitation d’une liberté, petite qu’elle soit.
    Cette limitation est souvent accompagnée par des mesures de coercition qui privent les Êtres Humaines d’une petite partie de leur dignité.
    Au fil du temps l’effet cumulé de toutes ces mesures, va donc modifier le référentiel des valeurs de cela qui nous appelons la société.
    Une société qui tout doucement ne reconnaît plus les valeurs sociales et conviviales qui l’ont fondée, mais qui devient exclusive de toutes opinions non conformes, peut-être contraires à son involution.
    L’histoire qui se répète avec ses pièges, le siècle passé avec ses dictatures n’est pas pourtant si lointain pour que nous l’oublions.
    Bonne vie à vous.

  2. et vous croyez vraiment qu’on a le temps d’aller au restaurant pendant la pause déjeuner ?
    vous pensez vraiment que m’ordonner de dépenser mes chèques repas dans un restaurant va faire que je vais aller au restaurant ?

  3. Désolé, mais le télé travail n’implique pas nécessairement de cuisiner tous les jours. La hausse des livraisons à domicile et à emporter pour les restaurateurs prouvent que votre article refle une analyse incomplète de la réalité. Pour le fait de pouvoir utiliser les chèques repas dans la grande distribution, c’est aux supermarchés de faire respecter l’utilisation de ces chèques que pour l’achat de produits alimentaires – ce que certains font et d’autres pas. C’est eux qu’il faut rappeler à l’ordre et non le consommateur. De plus; vous ne pouvez imposer aux travailleurs de manger dans un restaurant pour pouvoir utiliser leurs chèques repas si ceux-ci souhaitent prendre un plat préparé à emporter.
    A vouloir restreindre la flexibilité que donne cet avantage, vous eb ferz que finalement lui en ôter son intéret pour aboutir à un avantage que personne ne voudra (au lieu de recevoir un montant équivalent en salaire) et qui se répercutera sur la baisse de la clientèle des restaurants.
    Il faut savoir innover et allant de l’avant si vous voulez aider consommateurs et entreprises, et non pratiquer à l’inverse une politique protectionniste pour un camp ou l’autre.

  4. We like to go to restaurants, but on our own choice and will. How could you have the idea to force us to use restaurant ticket? isn’t it a violation of consumers’ rights?

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