A travers cinq contributions sous le format « c’est graphe docteur ? », IDEA fait le point sur des statistiques, parfois étonnantes, toujours éclairantes, montrant des réalités du marché du travail luxembourgeois. La deuxième contribution s’interroge sur l’évolution de l’intérim depuis la crise et sa physionomie actuelle.

Avant de rentrer dans le vif des récents chiffres, quelques constats préalables s’imposent : si le travail intérimaire demeure marginal en proportion de l’emploi total, il s’est vigoureusement développé depuis le milieu des années 90, malgré un reflux aux lendemains de la crise économique de 2007 et de changements législatifs au niveau européen.

Evolution du nombre d’intérimaires au Luxembourg en fonction de leur lieu de résidence (2009-2016)

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Source IGSS

Au Luxembourg, l’intérim représentait 2% de l’emploi salarié avec 7740 intérimaires en 2016[1], soit un volume qui reste légèrement inférieur à 2008 (7922 salariés). Après avoir atteint un pic à 2,3% cette année-là, puis chuté à 1,7% en 2009, cette forme d’emploi temporaire remonte donc progressivement la pente[2].

En fonction des lieux de résidence des intérimaires, les évolutions s’avèrent très contrastées, faisant de l’intérim une clé de lecture intéressante des adaptations du marché du travail luxembourgeois aux variations conjoncturelles. Ainsi, si le regain actuel est particulièrement flagrant chez les frontaliers résidant en France, ils ont aussi plus massivement joué un rôle de « fusible » à partir de 2010 pour atteindre un creux de la vague en 2013, quand l’intérim résidant poursuivait quant à lui sa croissance – malgré une (très) légère inflexion cette même année.

En 2016, les frontaliers représentaient plus de 70% du total des intérimaires contre 76% en 2009. Comme l’atteste le graphique, les résidents français constituent le principal contingent de travailleurs intérimaires (57% du total), suivi des résidents (30%, majoritairement de nationalité portugaise).  Si la présence des frontaliers français dans l’intérim a reculé de 2010 à 2013, quand celle des résidents augmentait, leur « raccrochage » se fait à nouveau plus net. Ainsi, la « barre des 4000 » – un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2010 – a de nouveau été dépassée en 2016, bien que leur part se soit érodée par rapport à la période 2008 -2010 (quelque 65%)[3]. Les travailleurs frontaliers belges et allemands restent, quant à eux, peu représentés dans le travail intérimaire dont ils représentent respectivement 9% et 4%, malgré une progression de 2 points de pourcentage de la part des résidents belges par rapport à 2009.

Ces équilibres, peu fidèles à la physionomie de l’emploi total, pourraient être le reflet des différences de situations dans les bassins d’emploi avoisinants (disponibilité de la main-d’œuvre, taux de chômage, secteurs et niveaux de qualification…), de densités de population ou encore de perceptions « culturelles » du travail intérimaire.

Source : STATEC

Symbole de l’ajustement conjoncturel à la hausse (combler des besoins) comme à la baisse (faire face à un ralentissement d’activité) des effectifs des entreprises, le « baromètre » de l’intérim est donc à la fois le témoin et l’oracle[4] de la santé de l’emploi au Luxembourg.


[1] Pour « comparaison », d’après Eurostat, les employés des agences de travail temporaire représentaient en 2016 2,7% en France (2% en 2009), 2,1% en Allemagne (1,7%), 2,1% en Belgique (1,6%) et 2,2% en zone euro (1,8%) de l’emploi. C’est en Slovénie, aux Pays-Bas et en Espagne que cette part est la plus importante.

[2] Les récentes données du travail intérimaire transmises par les membres de la Fedil Employment Services permettent de rester optimistes avec une augmentation des heures prestées de 15,5% sur un an en mars 2017 – qui, combinée à celle du nombre d’intérimaires, constitue un indicateur de bonne augure.

[3] Voir: http://www.statistiques.public.lu/catalogue-publications/regards/2012/PDF-03-2012.pdf

[4] Voir: STATEC, Note de conjoncture n°2-13, p 71. Le STATEC s’est demandé si l’intérim était un indicateur précurseur pour le marché du travail luxembourgeois et a finalement établi que son évolution montrait une avance de 3 trimestres sur celle de l’emploi total.

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