Une conférence portant sur le budget de l’Union européenne (UE) a eu lieu le 17 novembre 2017 à la Maison de l’Union européenne, sous l’égide de la Représentation de la Commission européenne au Luxembourg et de la Fondation IDEA asbl.

Après les mots d’introduction de Madame Yuriko Backes et de Monsieur Marc Wagener, deux exposés ont rythmé la conférence. Oliver Dreute, Conseiller spécialisé dans le Cadre Financier Pluriannuel au sein du Centre européen de stratégie politique, think tank de la Commission européenne, a tout d’abord resitué le débat sur le budget européen dans son contexte, à savoir celui d’une Europe en prise avec des « multi-crises » (crise financière, Brexit, réfugiés, sécurité, populismes…) et avec une transformation en profondeur de l’économie et de la société (mondialisation, digitalisation…). Il a décrit le cadre financier pluriannuel du budget de l’UE, a mis en lumière la faiblesse relative de ce dernier (155 milliards d’euros en 2016, par rapport à des dépenses publiques totales de 6 905 milliards au sein de l’UE). Il a ensuite présenté les principales ressources financières de l’UE et les domaines financés par le budget européen, avant d’affirmer que ce dernier ne peut être considéré isolément. Il relève en effet d’une véritable constellation, comportant notamment le Mécanisme européen de stabilité, la BEI, la BCE ou encore les garanties FEIS. Monsieur Dreute a par ailleurs insisté sur sa dimension politique avec trois questions fondamentales : comment utiliser le budget ? Comment s’assurer qu’il produise des résultats pour les citoyens ? Quel est l’avantage de dépenser au niveau européen ? Il a en particulier mis en exergue la notion de « valeur ajoutée européenne », qui découle de la mise en commun des ressources et permet d’obtenir des résultats hors de portée de dépenses nationales non coordonnées. L’application de ce critère devrait selon lui être élargie. Oliver Dreute a ensuite décrit les 5 scénarios du « Livre blanc » de la Commission européenne. En guise de conclusion, il a plaidé pour un budget européen qui soit à la hauteur des défis intérieurs et mondiaux. A bon entendeur.

Cette intervention a été suivie d’un exposé de Muriel Bouchet, Senior Economiste de la Fondation IDEA asbl. Ce dernier a tout d’abord présenté trois retombées concrètes du budget européen au niveau luxembourgeois (transports, santé et coopération universitaire). Il a ensuite montré que le budget européen était très modeste (1% du PIB) même par rapport à la Suisse, confédération de cantons assez autonomes en matière fiscale (10,5% du PIB en 2015 pour le budget du « Bund » suisse) et également vis-à-vis de l’Allemagne (12,6% du PIB). Passant en revue les trois fonctions traditionnelles des finances publiques (redistribution, allocation et stabilisation) et les appliquant au budget de l’UE, il a affirmé que les avancées seront difficiles à court terme en matière de redistribution interpersonnelle (conditions économiques et sociales très disparates, notamment). Les avancées seront sans doute plus rapides en ce qui concerne l’allocation (fonctions régaliennes comme la défense ou la surveillance des frontières, notamment) et elles seraient éminemment souhaitables en matière de stabilisation macroéconomique – comme l’a montré le « biais déflationniste » observé dans la foulée de la crise économique et financière et de la « crise dans la crise » des dettes souveraines. La dimension de stabilisation pourrait ainsi être renforcée via une montée en puissance d’investissements à haute « valeur ajoutée européenne », ou à la faveur éventuellement de mécanismes de réassurance du chômage ou de « fonds pour les mauvais jours ». Une « solution » s’inspirant de celle de Michel Aglietta, consistant à fixer des soldes budgétaires agrégés au niveau européen en fonction de la conjoncture globale, a enfin été brièvement présentée.

Un débat nourri a suivi les deux interventions, portant sur les socles de droits sociaux (Sommet de Göteborg), le Plan Juncker, les 5 scénarios de la Commission européenne, les implications budgétaires de groupes de « pays d’avant-garde », les fonds spéciaux d’investissement luxembourgeois comme source d’inspiration pour l’UE ou encore sur les dépenses globales des administrations publiques européennes.

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