Drôle de titre, convenons-en, pour un article dédié à la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Les récentes manifestations lycéennes en France ont montré, qu’au-delà de leurs revendications sur leurs conditions d’apprentissage, les lycéens Français s’inquiètent de leur avenir professionnel et de l’égalité des chances, certains des élèves des lycées aisés manifestant pour que ceux des quartiers populaires soit mieux traités. Au Luxembourg, deux grands thèmes d’engagements citoyens mobilisent la jeunesse : la protection de la planète et l’accès au logement. Ces deux grandes problématiques, qui ont pu donner lieu à des manifestions au Grand-Duché, cachent-elles d’autres défis à surmonter pour garantir à tous les jeunes Luxembourgeois un avenir propice à leur épanouissement ?
Les périls des jeunes
Les obstacles qui compromettent le bien-être de la jeunesse[1] naissent de tendances globales auxquelles le Luxembourg n’échappe que partiellement. L’une de ces principales tendances est la crise de l’accès au logement, le Commissaire européen à l’énergie et au logement Dan Jørgensen dénonçant cette année le fait que « too many young people feel locked out of the housing market »[2]. Cette difficulté d’accès au logement est d’autant plus prégnante pour les jeunes européens qui subissent une précarité professionnelle. En 2025, 11 % des européens de 15 à 29 ans n’étaient ni en emploi, ni en éducation ou formation (le fameux indicateur NEET) tandis que le taux de chômage atteignait 12 % pour cette même classe d’âge selon les derniers chiffres connus. Le taux de risque de pauvreté est aussi plus élevé pour les jeunes adultes (17,9 %) que pour l’ensemble de la population européenne (16,2 %), illustrant la persistance d’une précarité pour une partie de la jeunesse. L’une des principales craintes est que cette précarité soit aggravée par les bouleversements du monde du travail provoqués par l’intelligence artificielle. Une étude de la Commission européenne indique que « younger workers face heightened risks of displacement[3].
Concernant l’égalité des chances, dans son analyse des résultats PISA de 2025, la Commission européenne souligne que « les élèves défavorisés sont confrontés à des risques beaucoup plus élevés de sous-performance »[4]. En outre, la transmission inégale du patrimoine, notamment par le biais des donations, contribue à creuser les inégalités entre les jeunes Européens et compromet l’égalité des chances dès le début de la vie adulte.
Enfin, la jeunesse devrait souffrir davantage des conséquences du changement climatique, la planète se réchauffant de plus en plus au cours des prochaines décennies ce qui pourrait directement affecter leur qualité de vie. A plus court-terme, un sentiment de mal-être a pu se développer au sein de la jeunesse, sentiment qui est amplifié par l’impact des réseaux sociaux. Près d’un adolescent européen sur trois déclare se sentir stressé, triste ou exclu socialement à cause des réseaux sociaux[5].
5 indicateurs qui révèlent les difficultés des jeunes Luxembourgeois
Malgré une prospérité que peut lui envier nombre de ses partenaires européens, il serait présomptueux d’affirmer que le Grand-Duché est un havre qui protège sa jeunesse de ces tendances préoccupantes. Pour l’année scolaire 2024/2025, 1.714 élèves étaient en situation de décrochage scolaire, c’est-à-dire qu’ils ont quitté le système éducatif luxembourgeois sans diplôme ni certification finale[6]. Le taux NEET du Luxembourg est de 8,8%, en-deçà de la moyenne européenne certes mais significativement supérieur au pourcentage de jeunes Néerlandais et Suédois sans emploi ni éducation ou formation. De plus, le taux de risque de pauvreté des jeunes adultes de 20 à 29 ans est de 17,5%, près de 3 points de pourcentage de plus que celui de l’ensemble de la population.
S’agissant du logement, l’âge moyen de départ du domicile parental était de 26,6 ans en 2025, un chiffre relativement constant sur les 25 dernières années. Celui-ci illustre la difficulté de certains jeunes adultes à devenir autonomes, quand ils ne quittent pas le pays pour les régions frontalières afin de trouver le logement correspondant à leurs besoins. Enfin, selon une publication du STATEC, 45 % des 16-24 ans et 49 % des 25-34 ans déclarent ressentir du stress lié aux réseaux sociaux[7].
Il est à noter que le Luxembourg présente un profil atypique quant à ces questions. En effet, la forte immigration d’une population de jeunes travailleurs fait qu’une partie importante des jeunes adultes résidents dans le pays n’y ont pas grandi. De même, les personnes nées au Luxembourg étudient très souvent à l’étranger avant de revenir au pays, passant une partie de leur jeunesse hors du Grand-Duché.
Alors, comment garantir un avenir pour la jeunesse ?
L’Union européenne a créé en 2013 la Garantie pour la jeunesse avec pour promesse de veiller à ce que tous les jeunes âgés de moins de 30 ans bénéficient d’une offre de qualité pour un emploi, une formation continue, un apprentissage, ou un stage dans les quatre mois suivant la perte de leur emploi ou la fin de leurs études, obtenant certains résultats probants dans l’insertion des jeunes adultes sur le marché du travail. Garantir un avenir à la jeunesse suppose de répondre aux tendances évoquées précédemment, en s’appuyant sur la confiance accordée aux jeunes adultes, leur responsabilisation et la prise en compte de leurs aspirations à un avenir épanouissant. Quelques idées concrètes pourraient contribuer à cette ambition.
La première concerne bien entendu le logement et consisterait tout simplement à suivre la récente recommandation de cinq sections jeunesses de partis politiques (CSJ, Jonk Demokraten, Jonk Gréng, Jonk Lénk et Jonk Sozialisten) qui proposent d’investir 1% du PIB par an dans le logement abordable, soit actuellement 900 millions d’euros[8]. Un tel montant serait susceptible de fortement augmenter l’offre de logement dans le pays et son accès pour la jeunesse.
Par ailleurs, il est prévu dans le Plan d’action national pour la prévention et la lutte contre la pauvreté[9] que soit relancé la Garantie pour la jeunesse afin de combattre le chômage des jeunes. Serait-il possible d’aller plus loin en instaurant un droit opposable à un parcours de reprise ou de réorientation, assorti d’un devoir d’engagement, afin d’institutionnaliser la garantie existante en lui donnant une véritable portée juridique ?
S’agissant des inégalités de chance, notamment de patrimoine, une idée est l’allocation d’un capital universel de départ pour la jeunesse. Cette allocation, d’un montant de 10.000 euros par exemple, pourrait être versée dans un premier temps à l’âge de 18 ans puis être substituée dans un second temps par un compte épargne alimenté à la naissance, comme l’ancien Child Trust Fund britannique ou les récents Trump Accounts. L’attribution d’un tel capital doit permettre de réduire les inégalités de départ, de faciliter l’accès à l’autonomie (logement, formation, permis de conduire, projet professionnel) et de renforcer le pouvoir de décision des jeunes, qui choisiraient ainsi plus librement leur orientation, en étant moins conditionnés par les ressources de leurs parents, tout en prenant en compte le fait que le Luxembourg dispose d’aides aux études supérieurs efficientes sur ce point.
En outre, une clause d’impact sur la jeunesse des décisions publiques pourrait être intégrée dans la check list des projets législatifs d’envergure et/ou qui les concernent directement. Une telle initiative est appliquée au niveau de l’Union européenne depuis 2024 avec le « Youth Check »[10], destiné à intégrer les conséquences des politiques européennes sur les jeunes dans la préparation des décisions. Le mécanisme prévoit notamment d’identifier les initiatives pertinentes pour les jeunes, de consulter ceux-ci dans certains cas et d’intégrer leurs effets dans les évaluations d’impact.
Toujours dans une logique de confiance et de responsabilisation, un budget participatif jeunesse de 1 million d’euros à destination du Parlement des jeunes avec pour seule indication de les consacrer à l’avenir de la jeunesse et l’égalité des chances pourrait être instauré. Ce serait alors au Parlement des jeunes de définir quels projets et politiques publics seraient soutenus avec ce budget annuel pour lutter, par exemple, contre le décrochage scolaire, pour la protection de la biodiversité ou aider des jeunes en situation de mal-être psychologique. Cette démarche pionnière en Europe ferait partie du Nation branding du Luxembourg sur les avancées sociales, au même titre que la gratuité des transports publics.
Ces idées sont tout autant de revendications possibles à destination des candidats aux futures législatives de 2028. Et au-delà de ces propositions concrètes, la plus grande priorité ne serait-elle pas que la jeunesse soit au cœur des programmes des parties politiques pour remporter l’élection à venir. A voir si la jeunesse luxembourgeoise aura besoin de manifester pour que ce soit le cas !
[1] On notera que le PIBien-être luxembourgeois ne consacre aucun indicateur spécifique à la jeunesse.
[2] Commenting on housing as a key priority in the European Semester Spring Package, Commissioner for Energy and Housing, Dan Jørgensen.
[3] The future employment impact of artificial intelligence and emerging digital technologies in Europe, Fabien Petit, European Commission, November 2025.
[4] https://education.ec.europa.eu/whats-new/news/1-in-3-eu-students-underachieve-in-reading-or-maths-amid-decline-in-basic-skills-and-teacher-shortages
[5] https://commission.europa.eu/news-and-media/news/child-safety-online-eu-survey-confirms-link-between-screen-time-and-wellbeing-2026-06-16_en
[6] Rapport sur les jeunes décrocheurs et inactifs au Luxembourg 2024/2025, ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse.
[7] Infographie 06/2026 – Stress et contenus hostiles : une réalité des réseaux sociaux en 2025, STATEC.
[8] https://paperjam.lu/article/les-jeunes-reclament-900-millions-par-an-pour-le-logement-abordable
[9] Plan d’action national pour la prévention et la lutte contre la pauvreté, Ministère de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil, Décembre 2025.




