Le 22 mars 2017, le gouvernement luxembourgeois a adopté des mesures assurant une extension des études universitaires de médecine au Luxembourg, sans toutefois retenir la création d’une Medical School – qui avait fait l’objet d’une Idée du Mois publiée en mars 2016 par la Fondation IDEA asbl. Le présent document expose dans les grandes lignes cette décision, en analyse les conséquences plausibles et met en question certains avantages attendus de ce projet. Il a été rédigé par Henri Entringer, économiste de formation, directeur honoraire de la Commission européenne et membre de la Section des sciences morales et politiques de l’Institut grand-ducal.

            La décision du gouvernement luxembourgeois du 22 mars 2017 sur les études de médecine porte sur deux aspects. D’une part, elle se rapporte à la mise en place par l’Université du Luxembourg (UL) d’un premier cycle d’études médicales de trois ans, afin d’assurer au pays l’approvisionnement en médecins. D’autre part, elle concerne la promotion d’études spécialisées en médecine, notamment des formations en oncologie et en neurologie.

            La mise en place d’un premier cycle d’études médicales

   L’élément principal de la résolution de mars 2017 a pour objet le développement par l’Université du Luxembourg d’un premier cycle d’études médicales de trois ans, appelé Bachelor in medicine, à réaliser en partenariat avec des universités des pays voisins. De l’avis du gouvernement, ce cycle pourrait démarrer à partir de l’année académique 2020/21. Il comportera au stade initial un nombre de 25 étudiants. Le diplôme de Bachelor in medicine devrait donner accès aux programmes de Master des universités partenaires.

L’UL continuera à faciliter aux étudiants ayant réussi la première année d’études en médecine au Luxembourg la poursuite de leur formation en deuxième année dans des universités où un partenariat existe.

Par ailleurs, les ministères concernés ont précisé : « Lorsque le premier cycle des études médicales est bien établi, le développement du deuxième cycle des études médicales (type Master) sera étudié et fera l’objet d’une décision ultérieure ».

            Problèmes à résoudre

   L’organisation par l’UL d’un premier cycle d’études médicales de trois ans soulève un certain nombre de questions dont les plus importantes concernent : le programme des études ; le personnel chargé de la formation ; la sélection des étudiants ; l’initiation aux progrès récents dans le domaine de la santé ; la garantie pour les diplômés de Bachelor in medicine de l’UL d’avoir accès aux études de Master dans une université partenaire ; le coût pour l’Etat et l’effort intellectuel et organisationnel demandé à l’UL ; enfin l’effet probable pour remédier à une pénurie éventuelle en médecins.

En ce qui concerne les contenus enseignés, deux options se présentent : soit retenir le programme d’une université ou établir un programme à partir d’enseignements de plusieurs universités, soit élaborer un programme répondant sur certains aspects aux besoins de l’UL et correspondant à des particularités du système de santé sous le contrôle du Grand-Duché.

Il va de soi que le niveau du premier cycle d’études médicales dispensé à l’UL dépend d’abord de la possibilité d’engager des enseignants-chercheurs de premier plan. Le succès de ces études est par ailleurs lié à la sélection de lycéens intellectuellement doués et hautement motivés.

La pratique de la médecine est en train de changer considérablement en raison d’importants progrès techniques (diagnostic à distance, conseils aux patients par la télémédecine, apprentissage par simulation numérique, utilisation de robots opérant avec une très grande précision…) qui devront évidemment faire partie de l’enseignement donné à l’UL.

Les Facultés de médecine des pays voisins sont surchargées et les capacités de formation dans les hôpitaux sont limitées, de sorte que faire admettre les étudiants de l’UL aux études de Master posera des problèmes difficiles à résoudre. A cet effet, il faut que les autorités luxembourgeoises réussissent à conclure des conventions avec des universités partenaires, permettant à ces étudiants de s’inscrire aux études de Master. Le protocole signé le 20 mars 2018 à Paris sur la coopération universitaire constitue un pas important dans cette direction.

Au cas où le diplôme de Bachelor in medicine de l’UL n’accorderait la possibilité de poursuivre les études de deuxième cycle dans une université de l’étranger qu’à un nombre trop limité d’étudiants, l’extension des études universitaires de médecine au Luxembourg aura été une aventure coûteuse et inefficace. En conséquence, les différents aspects de ce problème devraient être clarifiés avant le démarrage du premier cycle d’études médicales à l’UL.

            Quant au coût des études en médecine, la Section 03.2-Université du Luxembourg du Budget de l’Etat pour 2018 prévoit à l’article 41.011 sous le libellé Contribution financière de l’Etat dans l’intérêt de la formation médicale au sein de l’Université du Luxembourg un montant de 2,79 millions d’euros. Pour ce qui est du Budget pluriannuel 2018-2021, la contribution financière de l’Etat dans l’intérêt de la formation médicale au sein de l’Université du Luxembourg correspond à 26,40 millions d’euros se composant comme suit en millions d’euros : 2018 : 2,791 ; 2019 : 5,331 ; 2020 : 8,571 ; 2021 : 9,711.

            Effet probable pour remédier à une pénurie éventuelle en médecins

D’après le ministère de la Santé, il n’y a pas de pénurie de médecins au Luxembourg. Le nombre de généralistes a augmenté au Luxembourg entre 2008 et 2015 de 25%, alors que pendant la même période la population a crû de 19%. L’ensemble des médecins praticiens (sans les dentistes) pour 1000 habitants a évolué comme suit selon le Statec : 2,1 en 2000 et 2,9 en 2016.

Il est extrêmement difficile de prévoir si une pénurie de médecins se produira à moyen et à long terme, vu le nombre de facteurs imprévisibles dont il faudrait tenir compte.

Toute réflexion sérieuse sur les médecins indispensables au Luxembourg doit prendre en considération le nombre de médecins étrangers qui exerceront leur profession chez nous. Car le système de santé luxembourgeois s’écroulerait sans l’apport de médecins étrangers, qui en 2016 formaient déjà plus de la moitié du corps médical. Le recours aux médecins étrangers restera aujourd’hui comme à l’avenir le principal moyen pour garantir l’approvisionnement de médecins au Luxembourg.

            Etudes spécialisées en médecine

La décision prise par le Conseil de gouvernement, le 22 mars 2017, prévoit également des amendements à apporter à la formation spécifique de trois ans en médecine générale et surtout le développement d’études spécialisées de cinq ans en oncologie et en neurologie. Au dire du gouvernement, les formations dans ces deux disciplines pourraient débuter au plus tôt à partir de l’année académique 2018/2019.

            CONCLUSIONS

            Le succès ou l’échec de la décision prise par le gouvernement luxembourgeois en mars 2017 en matière de l’extension des études universitaires de médecine dépendra surtout de l’accès des diplômés de Bachelor de l’UL aux études de Master dans une université à l’étranger.

Si l’accès des diplômés de Bachelor in medicine de l’UL aux études de Master ne posera pas de problèmes, cette conclusion incitera probablement les autorités responsables à poursuivre à l’UL cette formation et même à augmenter le nombre d’étudiants y admissibles. Au cas où l’expérience se révélera négative, cet échec ne conduira sans doute pas à la suppression des études médicales du premier cycle. Car dès leur démarrage, les études de Bachelor in medicine seront devenues quasi irrévocables, constituant une partie intégrante du système de santé luxembourgeois. Le scénario défavorable amènera probablement le gouvernement à mettre en place une formation de Master de 3 ans et de créer ainsi une Ecole de Médecine. On arrivera de cette façon au résultat recherché en 2015 par les deux comités qui ont examiné la faisabilité d’une LMS, avec les inconvénients que comportera la création d’une Luxembourg Medical School.

Quant aux formations spécialisées prévues en oncologie et en neurologie, il s’agit de tenir compte des problèmes qui caractérisent ces disciplines : leur très grande complexité ; une formation nécessairement pluridisciplinaire ; l’existence de nombreuses recherches réalisées par les scientifiques à l’étranger. Dans les deux disciplines, et notamment en oncologie, de nouvelles thérapies seront sans doute prochainement disponibles, dont l’application nécessitera des équipes hautement spécialisées.

            Un document détaillé et argumenté sur ces problèmes peut être consulté sur Internet (voir le site https://joom.ag/pFMY) et sera prochainement publié dans les Actes XXI de la Section des sciences morales et politiques de l’Institut Grand-Ducal.

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