Préalable: définition de la culture entrepreneuriale [1]

La note de M. Ruben sur les start-up apporte un éclairage bienvenu du paysage entrepreneurial luxembourgeois par un recadrage utile des entreprises établies ou fraîchement créées, en insistant sur les atouts du neuf sans négliger l’apport considérable du « vieux ». L’accompagnement indispensable de ces structures, véritables piliers de la croissance économique et de l’inclusion sociale, nécessite le partage et l’acquisition d’une culture entrepreneuriale, qui doit être transmise comme un héritage organique de l’économie nationale. Ainsi, l’OCDE et la stratégie Europe 2020 considèrent la culture entrepreneuriale et l’acquisition des compétences comme deux fondements importants d’une croissance inclusive, intelligente et durable[2]. Dans cet objectif, le Luxembourg est invité à sortir de ses réflexes pavloviens pour approfondir sa culture entrepreneuriale, notamment par la mise en place de mesures spécifiques.

SBA[3] : peut mieux faire !

Les récentes conclusions du SBA sur les PME luxembourgeoises pour l’année 2015 et le premier trimestre 2016, font état d’un constat globalement satisfaisant, avec cependant des difficultés persistantes. Les PME[4] constituent ainsi la principale force vive de l’économie luxembourgeoise : 99%  des entreprises sont des PME, elles représentent près de 70% de l’emploi total et le bilan sur la période 2010-2015 est très encourageant avec notamment une augmentation de leur valeur ajoutée de 5,7% par an et une croissance de l’emploi de 9% sur la période. La mise en place progressive des mesures du SBA permet au Luxembourg d’asseoir sa position au sein de l’Union européenne via notamment deux caractéristiques importantes : l’environnement et l’internationalisation. Le graphique 1 montre bien le bon positionnement du Luxembourg sur ces deux critères mais il indique aussi la sous-performance du Grand-Duché sur les critères de l’entreprenariat et de la deuxième chance[5] alors qu’il obtient des résultats honorables pour les autres critères.

Taille des entreprises Nombre d’entreprises (en proportion) Nombre de personnes employées (en proportion) Valeur ajoutée
Micro 87,8 % 18,7 % 22,3 %
Petites 9,8 % 24,8 % 20,6 %
Moyenne 2,0 % 25,4 % 29,0 %
PME 99,6 % 69,0 % 71,9 %
Grandes 0,4 % 31,0 % 28,1 %
Total 100,0 % 100,0 % 100,0 %
Ces données sont extraites du bilan SBA 2016. Elles ont été estimées pour l’année 2015 et portent exclusivement sur les entreprises non financières (industries, construction, échanges, et services).

En 2015, le Luxembourg a enregistré des progrès conséquents notamment sur le critère compétences et innovation en raison principalement de la création de la ‘House of Biohealth’ (selon les conclusions du SBA). La Commission Européenne, dans son bilan, souligne aussi les efforts menés sur le plan de l’entreprenariat avec le développement d’initiatives comme la Fit4Entrepreneurship[6] ou encore le programme ‘BEE CREATIVE’[7]. Il est aussi à relever le développement de mesures visant à favoriser le développement de la culture entrepreneuriale, notamment dans l’éducation avec la mise en place à l’Université d’un master en entreprenariat et innovation.

En dépit de ces mesures, largement saluées par la Commission Européenne, il n’en demeure pas moins qu’il subsiste au Luxembourg une faiblesse particulière de la culture entrepreneuriale. L’entreprenariat n’est toujours pas un choix de carrière privilégié par une majorité de résidents luxembourgeois : ils ne sont que 44,1% à l’envisager au Luxembourg contre une moyenne européenne de 56,9%. A noter que cette perception de l’entreprenariat est meilleure chez les étrangers résidant au Luxembourg, notamment ceux issus de la première génération. De plus, la Commission européenne souligne le manque de mesures de soutien spécifiques à l’entreprenariat et de conseil aux immigrés.

Le bilan est donc mitigé : sur le graphique 2, force est de constater que l’entreprenariat est un critère qui s’est détérioré sur la période 2008-2016 et que les résultats luxembourgeois sur ce critère sont à peine meilleurs que la moyenne de l’Union européenne.

Comment améliorer la culture entrepreneuriale ?

L’OCDE s’est penchée sur la question dans sa dernière revue économique sur le Luxembourg (2017) et a identifié divers obstacles au développement de la culture entrepreneuriale :

-Les procédures d’insolvabilité dont les coûts sont excessivement élevées. Par ailleurs, le Luxembourg est l’un des pays où le  taux de recouvrement moyen est relativement bas par rapport à la moyenne de l’OCDE.

-L’accès au crédit reste un obstacle important au Luxembourg si bien que plus de 60% des entrepreneurs ont eu recours à leur réseau familial pour financer leur entreprise.

-La protection des investisseurs minoritaires, qui s’est améliorée avec l’introduction de la réforme du droit des sociétés[8].

-Il reste un écart important entre les hommes et les femmes dans l’accès au financement et à la formation à l’entreprenariat, écart qui est l’un des plus importants de l’OCDE.


[1]   La culture entrepreneuriale reste un concept large en sciences de gestion. Elle s’entend ici comme « une culture qui valorise les caractéristiques personnelles associées à l’entrepreneurship : l’individualisme, la marginalité, le besoin de réalisation personnelle, la prise de risque, la confiance en soi et les habiletés sociales ; qui valorise également le succès personnel tout en pardonnant l’échec, qui encourage la diversité et non l’uniformité et qui encourage le changement et non la stabilité » (Léger-Jarniou (2008), Développement de la culture entrepreneuriale chez les jeunes, Revue Française de gestion).

[2] « Pallier la pénurie d’entrepreneurs 2015 : politiques en faveur du travail indépendant et de l’entreprenariat », OCDE/UE (2016), Editions OCDE.

[3] Le Small Business Act (SBA) est un cadre général pour la politique de l’UE en faveur des petites et moyennes entreprises (PME). Il vise à améliorer l’approche de l’entreprenariat en Europe, à simplifier l’environnement réglementaire et politique pour les PME et à supprimer les obstacles qui subsistent à leur développement.

[4] Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) sont des entreprises dont l’effectif est inférieur à 250 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan annuel n’excède pas 50 millions d’euros ou 43 millions d’euros respectivement (source : guichet.lu).

[5] La deuxième chance mesure la possibilité aux entrepreneurs ayant déjà vécu une faillite d’avoir une deuxième chance rapidement.

[6] Fit4Entrepreneurship est un programme développé conjointement par la Chambre de commerce, l’ADEM et la Chambre des métiers avec le soutien du Fond Social Européen et du Ministère du travail, de l’emploi et de l’économie solidaire. Il vise à accompagner les futurs créateurs d’entreprises inscrits à l’ADEM en leur proposant un suivi et un coaching personnalisés.

[7] BEE CREATIVE est une initiative visant à promouvoir auprès des jeunes la créativité, les talents et l’esprit d’entreprise.

[8] La loi du 10/08/1915 sur les sociétés commerciales (LSC) a été modifiée par les lois du 10/08/2016 sur la modernisation de la LSC et du 23/07/2016 instituant la SARL simplifiée

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