« Expliquer la finance est un enjeu démocratique ». Cette déclaration de Camille Thommes, directeur de l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (Alfi[1]), tombe à pic. D’une part car l’association nous avait consacré un billet invité sur l’investissement « à portée de main ». D’autre part, car par un verglaçant vendredi de janvier, IDEA avait réuni plusieurs organisations « jeunes » du Luxembourg pour échanger sur notre idée du mois consacrée à la financial literacy. Courageux du verbe mais pas téméraires, nous ne nous risquerons pas à définir l’adjectif « jeune ». Quoique… Testons un peu votre niveau de financial literacy !

Appliquez la formule de calcul de taux d’intérêt simple avec C, le capital emprunté de 500 euros, t le taux d’intérêt annuel de 3% sur C et n la durée du placement de 2 ans. Vous avez trouvé le gain ?[2] Eh bien la moyenne d’âge de nos invités était inférieure à ce résultat. Tout ça pour ça nous direz-vous?

Détrompez-vous. Suivant Alan Greenspan, économiste américain à la tête de la Réserve fédérale de 1987 à 2006, « the number one problem in today’s generation and economy is the lack of financial literacy ». Plus modestement, comme nous le constations dans notre neuvième idée du mois, les décisions financières ont un impact significatif sur la vie quotidienne des citoyens, qui sont confrontés à des problématiques de plus en plus complexes. De la compréhension de l’actualité et des concepts économiques tels que le salaire, les cotisations, au financement des études, des retraites, en passant par les stratégies d’épargne et d’investissement, nous sommes tous amenés à mobiliser des connaissances techniques pour procéder à des choix financiers. Au-delà des risques engendrés par de mauvais arbitrages, comme le surendettement, l’acquisition d’une « culture générale économique et financière » nous éclaire sur le monde dans lequel nous évoluons. Car la méconnaissance, voire la désinformation, face à ces sujets nourrissent aussi le populisme. D’où l’importance croissante de l’éducation financière.

Après avoir balayé les initiatives existantes au niveau mondial et en s’appuyant sur des « bonnes pratiques », IDEA a fait le point sur la situation au Luxembourg et émis 3 recommandations :

  • Dresser un état des lieux pour évaluer le niveau de compétences financières de la population du Luxembourg
  • Définir une stratégie nationale à long terme et un référent coordonnant l’ensemble des actions
  • Intégrer l’éducation financière dans les programmes scolaires

Objectif : fournir aux jeunes des fondements essentiels pour former des citoyens avertis

Pour assurer le suivi de sa contribution et la vitalité du sujet, IDEA a sollicité les organisations « jeunes » du Grand–Duché. 5 d’entre elles ont répondu présentes :

  • Chrëschtlech-Sozial Jugend (CSJ)
  • Déi jonk gréng
  • Jonk Demokraten Lëtzeburg (JDL)
  • Jonk Sozialiste Lëtzeburg (JSL)
  • Jonk Entrepreneuren Lëtzeburg (JEL)

Après lecture de notre contribution, chaque participant s’est exprimé sur la nécessité d’assurer une meilleure éducation financière des citoyens et sur les bonnes pratiques à développer dans le pays.

Si tous s’accordent sur l’importance de l’instruction financière et la nécessité de l’améliorer, leurs approches des cibles et des méthodes à privilégier sont plurielles.

       Les jeunes chrétiens sociaux (CSJ) et démocrates libéraux (JDL) mettent en avant le rôle du déterminisme social dans le degré d’instruction financière. Pour Elisabeth Margue (CSJ), le niveau de connaissances financières est souvent conditionné par le background socio-économique de la famille. Pour Estelle Malané (JDL), les parents doivent impérativement être ciblés par la stratégie d’éducation financière, car ils assurent l’instruction de leur progéniture – avant même l’école. Elle préconise notamment de toucher les familles en situation précaire et/ou surendettées. Pour elles deux, les écoles sont des relais de mise en œuvre d’une stratégie nationale d’éducation à la finance mais ne sauraient être les seuls.

      Nelson Fragoso des Jonk Entrepreneuren rejoint Estelle Malané (JDL) sur la nécessité de commencer l’éducation financière dès l’enseignement fondamental afin de pouvoir s’appuyer sur cette prise de conscience initiale et de l’approfondir dans l’enseignement secondaire. A travers les formations dispensées par Jonk Entrepreneuren, Nelson Fragoso a constaté que les élèves avaient souvent une perception erronée des prix immobiliers, automobiles et même des salaires. Estelle Malané (JDL) ajoute qu’un certain nombre d’entre eux ne saurait pas faire un virement ou lire une fiche de salaire. C’est pourquoi le programme de Jonk Entrepreneuren, Fit for Life, traite ces concepts en profondeur en faisant intervenir un volontaire provenant du monde professionnel auprès des élèves. De même, Jimmy Skenderovic (JSL) identifie un manque général d’informations sur le marché de travail dans le système scolaire. Ce qui tend à confirmer la nécessité d’une intégration précoce des concepts économiques et financiers au parcours éducatif.

      Par ailleurs, puisque les écoles ne sauraient être des canaux de transmission uniques, une approche « consommateur » et « citoyen » doit aussi être adoptée. Pour Elisabeth Margue (CSJ) et Jimmy Skenderovic (JSL), une structure fixe permettant à celles et ceux qui le souhaitent de trouver tous les informations relatives au financement d’un projet, aux risques potentiels d’un prêt ou au surendettement doit être mise en place. Cette proposition de plateforme de centralisation des informations et des initiatives a également été mise en avant par Estelle Malané (JDL) et Nelson Fragoso. Ils évoquent le modèle du Zentrum für politische Bildung[3] et jugent pertinent d’y intégrer un volet financier. Paul Matzet (Déi jonk gréng) approuve le principe mais met en garde sur la finalité de la plateforme : elle doit servir à informer, non à influencer.

« Laboratoire d’idées autonome, pluridisciplinaire et ouvert », IDEA a pour mission de mener des réflexions en faveur du développement durable du Luxembourg et de l’intérêt économique général du pays. Pour contribuer à l’amélioration de la qualité du débat socio-économique et proposer des pistes novatrices pour relever les grands défis d’avenir, il nous semble indispensable de discuter contradictoirement les analyses, idées et propositions que nous publions. En ce sens, ce premier rendez vous s’est avéré extrêmement prometteur. Pleins d’énergie, de ressources et d’idées, les participants se sont montrés enthousiastes à l’idée d’une collaboration régulière.

Notre tribune leur est officiellement grande ouverte.


[1]L’association est considérée comme un interlocuteur phare de la Place et un vecteur reconnu d’éducation financière.

[2]Formule : Résultat = 30

[3]Modèle allemand : https://www.bpb.de/

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